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black06nice

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Création : 11/02/2009 à 11:21 Mise à jour : 19/05/2009 à 02:51

Blog de black06nice

je suis très ouvert à toutes les races à condition que ce soit dans le respect

un petit hommage à la star inoubliable des blacks

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Yeah, we gone dedicate this one, to the memory...
...of Makaveli the Don, Tupac
You know, we got these cats, re-makin' these songs
Nobody wanna give you a song, it's from the lil' homie
Strength of the strong

Verse-1: [ Napoleon ]
_________________
I don't know where to start, dear God can you open my heart
Let me share with this world my art, this not no R.I.P song
It's a tribute to the spirit of Pac, I still remember when you visit my block
I was a juvenile, in 94' I was stuck in the war
Didn't know the meaning of life or what I was breathin' for
You gave me a hand; you gave me your plan
Thug-Life world-wide with expand
That was your dreams homie
Now it's present right in front of your eyes
They can't tell me your soul ain't alive
Cause I can feel it homie
Dear lord please forgive these sins we all lost souls stuck in the wind...
...so let us in, cause we cryin' at the gates of heaven
I've been tryin' since the age of seven
Only God knows, we gone make it I bet'cha homie
If it wasn't for Kadafi I wouldn't have met'cha homie
Try to...open your heart and feel me a minute
If it wasn't for you, I would've been dead or in prison
So I dedicate this song to you
My whole success truly belongs to you
And that's true...

Chorus(X2) [ Val Young ]
____________________
I never forget what you said
Never forget what you did
I never will (Johnny-J: -I- Never Will), I will never will

Verse-1: [ Napoleon ]
_________________
Me and Johnny in the studio reminiscin' over you
Try'na put these hits down, thinkin' what would you do
In 2002 and 2003, the worlds going crazy, industry is lazy
It ain't comin' with it, like you came wit it
You pass me the torch, so now I ran wit it
I'm still a outlaw, but I'm doing it dolo
We all go our separate ways homie you know
But I die for this thug-life
It ain't no thing I ride for this thug-life
Know what I mean? And I humble myself
I ain't wild no-more, but I don't leave the door without my foe-foe
Homie guess who I ran to, Val Young to +Live And Die In L.A +
She still singin' like she sung it when you was around
Homie sometimes I wish that you was around
Still puttin' it down.....come on
http://www.free-lyrics.org/19680-Napoleon.html

Chorus(X2) [ Val Young ]
____________________
I never forget what you said
Never forget what you did
I never will (Johnny-J: -I- Never Will), I will never will

Verse-3: [ Napoleon ]
__________________
I still remember what you told me
Keep Ma(your) Head Up,Are You Still Down
Don't never give up, do I Get Around+
No I had to switch up
I did alotta changes dawg I had to grow up
It's still +All Eyez On Me
Oh yeah remember +Shorty well he Still Wanna Be A Thug
Reminds me of me...and I Ain't Mad At'cha...
...that you had to go, oh yeah that +Rose From The Concrete+
It did grow, and +Brenda+...she had another baby
She wonder why they call her a trick
Pac it's crazy, once in a while we had gangsta parties
I still +Toss It Up +, but I don't drink Bacardi
The realest hit you ever wrote was everybody's, favorite song
I mean it played at every party
When Makaveli came to pop the party
Was the hardest music that you could find on the market
Yeah...ya legacy gone live through me
Every breath that I take you gone breath through me
June 16th-71' was the day we got a present from heaven
Pac's spirit stays present...
And that's real....

Chorus (Till The End) [ Val Young ]
____________________
I never forget what you said
Never forget what you did
I never will (Johnny-J: -I- Never Will), I will never will

Johnny-J Speakin' Over Chorus:
___________________________
Yo Pac, this is to you man
You know that Johnny-J got love for you
I kept it going for you man
The legacy lives on
Its nothin' but love for you
Just remember one thing Pac
Amma keep this ride the way you wanted me to ride
Amma let them know, it never ends
I'll never forget u man
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#Posté le mardi 19 mai 2009 02:51

la solution pour oublier l'esclavage ou la colonisation

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L'histoire nous a conditionné à nous voir avant tout comme des noirs, des blancs, des arabes, des asiatiques.
Il est temps de se rééduquer pour se voir avant tout comme des hommes, des femmes voulant vivre ensemble pour un monde meilleur.
Quand l'homme va-t'il cesser de se créer des problèmes. Un homme, qu'importe sa couleur de peau ou son origine, reste un homme, membre de la grande famille de l'humanité. Plus d'amour et de respect entre nous, cousins du monde entier!
Comme le dit si bien Patson, nous avons 5 doigts de la main qui n'ont pas la même taille mais qui s'unissent pour travailler.
Sans doute une des phrases les plus justes que j'ai entendu
Stand Up, Speak Up !
mon mec est au sénégal moi en france mais même avce la distance on est fort il est tous ce que j'aime mais mes parents mettent la pression.ma mére meme en ayant vecu a dakar me ressort tous les vieux préjugés sur la mentalité africaine.mais je refuse de croire ke la mixité est impossible.Le metissage est l'équilibre du monde.J'ai eu la chance de vivre en afrik continent de j'adore. ma peau est noir mais mon esprit est metissé.
pour tous ceux ki on la pression sur leur couple ne lacher pas l'affaire seule votre relation et l'amour ki existe entre vous compte.
Les hommes sont avant tout des hommes, il n'y a pas de difference entre, nous sommes tous égaux devant Dieu.
Seuls les egarés nous différencient, pour eux, seul leur famille et l'argent compte.
Moi je dis, vive la mixité, y'a que ca de vrai.
Liberté, Egalité, Fraternité
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#Posté le lundi 18 mai 2009 07:48

qu'est ce que la colonisation


La colonisation


La colonisation est un processus d'expansion et de domination politique, culturelle et économique (à différencier du colonialisme qui est une doctrine ou une idéologie) pratiquée par certains États sur d'autres États ou peuples alors obligés d'accepter des liens plus ou moins étroits de dépendance[2]. Il s'agit d'un processus expansionniste d'occupation, qui consiste en l'établissement d'une ou plusieurs colonies par la mise sous influence étrangère d'autres territoires. Lorsqu'il y a domination politique du territoire et assujettissement de ses habitants, on parle alors d'impérialisme de la part du centre politique de décision appelé métropole.
La colonisation peut avoir pour but l'exploitation d'avantages réels ou supposés (matière première, main-d'½uvre, position stratégique, espace vital, etc.) d'un territoire au profit de sa métropole ou de ses colons, et peut avoir pour but annoncé le développement de la civilisation.
Historiquement, la colonisation se différencie d'une simple occupation politique d'un territoire car elle est revêt une dimension économique, religieuse ou idéologique. La colonisation se distingue de la simple annexion par la différence de traitement, de droits ou de statut juridique accordé entre le citoyen et le colonisé, à la défaveur de ce dernier. La colonisation se caractérise évidemment par l'envoi massif (colonie de peuplement) ou non (comptoir, protectorat...) de colons issus du pays colonisateur afin de gérer la colonie.



Aspect historique [modifier]
En tout temps et en tous lieux, les peuples ont été amenés à envoyer (ou laisser partir) des fractions notables de leur groupe s'établir loin de leur patrie, sans pour autant rompre totalement les liens originels ni se fondre dans une autre civilisation (la problématique étant alors celle de l'immigration). Les motifs peuvent être
conflit interne (motifs politiques et juridiques) : un groupe est banni, ou préfère fuir sa patrie, suite à un conflit civil ou un crime (exemple : fondation de Carthage par Didon et ses partisans ; dans une certaine mesure, colonisation de l'Amérique du Nord par des ressortissants britanniques et colonisation française en Algérie) ;
contrôle d'un emplacement stratégique sur le plan militaire et économique (exemple : colonisation romaine, colonisation portugaise) ;
problème économique voire alimentaire, lorsque la contrée ne nourrit plus la population (à cause de la croissance démographique ou inversement d'une réduction de la production).
De plus, ces motifs peuvent se combiner.
Antiquité méditerranéenne [modifier]
La colonisation grecque [modifier]
Articles détaillés : Colonisation grecque et Colonie (Rome).
Des peuples de navigateurs comme les Grecs , pratiquent une forme de colonisation souvent motivée par des dissensions internes ou le risque de famine (stenochoria : étroitesse des terres) autant que par le désir de créer un relais commercial ou un empire (Voir colonisations grecques). Certains groupes, qui ont pu s'intégrer à des cités préexistantes, n'ont pas laissé de traces ; en revanche, de nouvelles cités importantes ont ainsi été fondées: Tarente, Marseille, Syracuse, etc. ; ces colonies prospères ont pu à leur tour fonder de nouvelles colonies.
La colonisation phénicienne [modifier]
Les Phéniciens fondent Carthage et d'autres comptoirs sur les côtes méditerranéennes. D'après l'abbé Brasseur de Bourbourg, Carthage enverra à son tour des colons de l'autre côté de l'océan atlantique où une colonie aurait été fondée qui se serait bientôt métissée avec les populations indiennes locales. Mais aucune découverte archéologique n'est venue étayer cette théorie principalement fondée sur des légendes et témoignages historiques des populations indiennes de la côte du Mexique ainsi que par l'étude comparés des mythes phéniciens quichés par Brasseur de Bourbourgh.
La colonisation romaine [modifier]
La Rome antique pratique également la colonisation, mais avec une méthode significativement différente : de nombreuses villes européennes (telle Cologne) ont pris leur essor à partir d'un camp militaire érigé en « colonie romaine », après l'établissement définitif des légionnaires dans la ville. Ces derniers conservaient toutefois leur statut de « Romains ». Ces villes n'ont jamais acquis le même type d'indépendance politique à l'égard de Rome que les colonies grecques ou phéniciennes : la façon dont Rome gérait les statuts des personnes et en particulier la citoyenneté romaine qui présentait tant d'avantages, la présence militaire romaine, et les flux économiques, n'incitaient pas à l'indépendance.
L'Empire romain étendit progressivement la citoyenneté romaine à certaines de ses provinces, jusqu'à ce que l'édit de Caracalla ait attribué, en 212, cette citoyenneté à tous les hommes et femmes libres de l'Empire. Ce processus d'assimilation a permis à un Carthaginois de Syrta Magna, Septime Sévère, de devenir empereur à Rome (Voir colonie romaine pour la Rome antique).
Époque médiévale [modifier]
Les colonies viking [modifier]
Vers le Nord, Les Vikings établirent des colonies en Islande, au Groenland, avec des poussées jusqu'en Amérique ("Vinland").
Vers le Sud et l'Est, la colonisation des Vikings venus de Scandinavie se développa à des échelles et niveaux variables partout en Europe : En Angleterre, en Normandie, et jusqu'en Sicile, puis en Terre Sainte, pendant les Croisades. Pourtant ils n'établirent pas à proprement parler de système colonial, puisque les nouvelles colonies ne devaient pas rendre de comptes à une cité, un royaume ou une nation mère. Autour de l'an 800, ils se mirent à commercer et à piller, leurs principales cibles étant les Eglises, que ce soit en Gaule ou dans la futures Russie. Ils s'enfoncèrent avec leurs Drakkars profondément à l'intérieur des terres par les grands fleuves et semèrent la terreur dans les pays chrétiens, au point que l'Église institua une prière spéciale. Ils firent plusieurs fois le siège de Paris, dont les populations s'étaient repliées dans l'île de La Cité. Leurs expéditions étaient périodiques. Entre celles-ci ils s'adonnaient en famille à l'agriculture dans leurs pays de départ. Puis ils commencèrent à établir diffèrents comptoires commerciaux sur les lieux de leurs "commerces", tel Novgorod au nord du lac Llmen dans la future Russie, ou sur l'île de Man entre l'Angleterre et l'Irlande
La colonie viking de Normandie
Enfin l'un de leurs chefs, Rollon, obtint la cession en duché d'un territoire en bordure de la Manche incluant l'embouchure de la Seine, en s'engageant d'une part à reconnaître le roi de France pour suzerain, et d'autre part à bloquer, de là, déventuelles incursions de ses congénères vers le c½ur de la Gaule. Il y installa ses hommes et ses alliés, et ce territoire qui prit dès lors le nom de Normandie, ou pays des hommes du Nord, devint rapidement l'un des mieux organisés du royaume carolingien. Les immigrants normands y adoptèrent le parler des Francs, la police y fût particulièrement stricte, et la coupure entre cultivateurs et chevaliers, y fut beaucoup moins stricte, car les guerriers scandinaves ne trouvèrent pas malséant à la différence de leurs homologues gaulois, de s'adonner eux-mêmes à la culture, entre deux expéditions. L'adoption rapide du christianisme par les Vikings fut un des facteurs facilitant l'intégration.
La colonie de l'Islande
L'Islande est l'un des rares cas de colonisation qui, dans la période historique, s'est effectuée sur une terre sans peuplement initial, comme en témoignent les nombreuses sagas islandaise, véritable récit de la conquête et du partage de cette nouvelle terre islandaise.
Les colonies viking au Groenland et au Vinland
Si la situation fut semblable lors de leur installation au Groenland, alors quasiment inhabité il en fut tout autrement en Amérique du Nord (Vinland) où les conquérants Vikings furent confrontés à la présence des indigènes. Néanmoins, l'échec de la colonisation fut principalement du aux difficiles conditions d'établissement dans ces régions aux conditions climatiques extrêmes. D'après Jared Diamond, l'erreur principale des colons a été de déboiser[3]
La colonie viking de Russie
La future Russie à l'époque des invasions nordiques était un pays de paysans slaves pafois dominés par des peuples semi-nomades tels les Khazars, venu des steppes de Sibérie avec les Huns, et installés au nord du Caucase et de la Mer Noire, entre l'Europe centrale et l'Oural. Conformément au processus classique de domination, ils protégeaient les peuples qui leur étaient soumis, exigeant en contrepartie le versement périodique d'un tribut. Leur protection s'exerçait contre les Varègues, nom donné aux vikings exerçant dans cette région, qui portaient aussi le nom de "Russ", et au sud contre les Arabes qui tentaient de contourner la Caspienne, pour prendre Byzance à revers. Les "Russ" étaient déjà bien prèsents dans la région quand l'un d'eux, Rurik, s'empara de Novgorod puis de Kiev, jusqu'alors tributaire des Khazars, et y établit la Principauté de Kiev, puissance dominante en Russie d'Europe jusqu'aux invasions mongoles au XIIe siècle.
Les colonies issues des royaumes européens [modifier]
Les croisades
Elles peuvent être aujourd'hui être réinterprétées en termes de colonisation : Mais il ne faut pas oublier que la Terre sainte des juifs et des Chrétiens avait d'abord été envahie par les musulmans. Il ne faut pas oublier non plus que la croisade n'avait été prêchée en Occident, qu'à la suite de la prise de Nicée par les Turcs. Les croisades apparaissaient donc aux chrétiens d'occident comme des guerres défensives et de libération, même s'il est vrai que les Croisés, aussi bien ceux de Pierre l'Ermite, que ceux de Richard C½ur de Lion, ont souvent disqualifié leur entreprises en se comportant de façon horrible, non seulement à l'égard des seuls Turcs, mais également des Arabes musulmans, ainsi que de Juifs désarmés qui furent massacrés, en Allemagne comme à Jérusalem.
Les Canaries
En 1402, la colonisation des Canaries pour le compte des Castillans commencent avec Jean de Béthencourt. Ensuite, les Castillans et les Portugais se disputent les Canaries qui seront finalement attribuées à l'Espagne en 1479.
Les Açores
Les Açores commencent à être colonisées pour le compte des Portugais par des familles flamandes dès le milieu du XVème siècle.
La poussée allemande vers l'Est
Le Drang nach Osten était un mouvement colonial germanique qui se traduit par un mouvement de colons allemands chrétiens vers des terres slaves et souvent païennes. Les chevaliers de l'Ordre teutonique, créé lors des Croisades, un état teutonique dans les Pays baltes, évangélisant ces régions païennes avec une extrême brutalité. Ces moines-soldats ont permis l'installation de colons allemands dans ce qui deviendra plus tard la Prusse. Un peuplement germanique s'est répandu plus pacifiquement dans plusieurs régions de l'Europe centrale, avec l'installation sporadique de paysans, de marchands et d'artisans jusqu'au XVIIIe siècle, notamment dans le cadre de l'Empire autrichien. .
Les possessions arabo-musulmanes [modifier]
L'expansionisme musulman s'est manifesté en Europe (Espagne par les Arabes, la conquête des Balkans et le siège de Vienne par les Turcs), mais aussi en Afrique noire dépeuplée pendant des siècles par des esclavagistes musulmans mieux armés, ainsi qu'en Inde.
Les principaux aspects positifs ont consisté dans la récupération de certains acquis des civilisations antérieures : ainsi les premières grandes mosquées furent construites par des architectes chrétiens, la supériorité navale acquise grâce à des Raïs recrutés parmi les chrétiens renégats. La médecine et les mathématiques furent longtemps de meilleur niveau qu'en occident, grâce à l'apport de médecins juifs. Mais les Arabes, grands maîtres en matière de commerce, se sont souvent détournés de l'agriculture, activité à leurs yeux nécessaire mais peu honorable, sauf lorsque celle-ci existait déjà dans les pays conquis, comme en Égypte, en Espagne, ou en Afrique du Nord.
L'esclavage s'est maintenu officiellement jusqu'au milieu du XXe siècle en terre d'islam, et aujourd'hui, officieusement, il reste pratiqué au Sud du Soudan, ainsi que dans certaines ambassades.
Les Califats et Theazas d'Espagne
Après les croisades européennes en terre sainte et la réaction arabe qui partit à la conquête de l'Europe, des Théazas et califats furent instaurés en Espagne, véritables petits royaumes arabes qui perdurèrent jusqu'à la Reconquista par les armées chrétiennes du XIIIe au XIVe siècles après J.-C.
La colonisation chinoise [modifier]
La conquête du Yunnan
Après la conquête du royaume de Dian par les mongols, les dynasties chinoises de culture Han se lancent à leur tour la conquête de cette région constituées essentiellement de populations Bai et Yi.
La flotte de Zheng He
Au XVe siècle, l'Empereur Yongle, le troisième de la dynastie Ming désire étendre les limites de l'empire. L'amiral eunuque Zheng He est chargé de conduire une flotte de 70 vaisseaux et d'environ 30 000 hommes vers les mers du sud, afin d'entreprendre de nouvelles relations commerciales avec des royaumes lointains. La puissance de la flotte avait sans aucun doute pour but d'impressionner ces lointains royaumes en vue d'un expansionnisme commercial. Mais le nouvel empereur Hongxi ne soutint pas ces expéditions et l'expérience tourna court.
L'Époque contemporaine [modifier]

Carte des empires coloniaux en 1945
Suite au processus de décolonisation, à l'établissement d'un droit international à l'autodétermination des peuples et au phénomène de globalisation, les processus de colonisations qui ont été forcés de revêtir de nouvelles formes idéologiques sont souvent rassemblés sous la dénomination de néocolonialisme. Certains pays ou peuples étant obligé d'accepter des coopérations ou d'entrer dans des organismes économiques ou politiques qui réduisent leur autonomie et leur autodétermination au profit de quelques anciennes puissances coloniales ou de nouvelles puissances économiques.
Époque future [modifier]
L'Antarctique [modifier]
L'Antarctique est le seul continent du monde a ne pas être peuplé de manière permanente. Sept pays (le Royaume-Uni, le Chili, l'Argentine, l'Australie, la France, la Norvège, la Nouvelle-Zélande) ont, au début du XXème siècle, émis certaines revendications territoriales sur le continent gelé. Le Traité sur l'Antarctique (1961) gèle toutes les revendications sur l'Antarctique pour toute la durée du traité.
L'Espace [modifier]
La colonisation de l'espace, ou colonisation spatiale, est — au-delà d'un sujet classique de la fiction — un projet d'habitation humaine permanente et en grande partie auto-suffisante en dehors de la Terre. Elle est liée à la conquête de l'espace.
Origine géographique des colonisateurs [modifier]
Les colonisateurs africains [modifier]
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Suite à la première guerre mondiale, l'Afrique du Sud a obtenu un mandat sur le Sud-Ouest africain allemand (aujourd'hui Namibie) en 1920. Elle y installa l'Apartheid, mais du renoncer définitivement à son protectorat en 1990.
Les colonisateurs américains [modifier]
Les États-Unis [modifier]
Bien qu'il soit rare que l'on définisse les États-Unis comme une puissance coloniale au même titre que les Anglais, Français ou Néerlandais, on peut marquer objectivement un tournant dans la conception internationale de l'engagement de l'Oncle Sam à partir du début du XXe siècle, lorsque de fait, il est devenu la première puissance exportatrice du monde devant le Royaume Uni. Cela débute réellement avec la Guerre hispano-américaine, ou guerre d'indépendance de Cuba envers l'Espagne. Après une campagne pro guerre importante - supportée par de forts intérêts économiques - et de grands leaders tels Théodore Roosevelt. Ce désastre de 1898 pour l'Espagne s'achève par le Traité de Paris le 10 décembre de la même année, qui reconnait l'indépendance de Cuba, la perte des Phillipines, de Porto Rico et de la province du Guam par l'Espagne au profit des États-Unis, moyennant une compensation financière de 20 millions de dollars. L'année suivante, les États-Unis annexent Hawaï. Enfin, une partie des îles Samoa, l'année d'après.
Cet épisode marque une vraie rupture avec la doctrine Monroe de 1824 - qui assurait une non intervention des États-Unis chez les Européens et inversement. L'acquisition de l'Alaska en 1867 par William Henry Seward au Tsar Alexandre II, et l'annexion de l'île déserte de Midway en plein Pacifique, avaient déjà annoncé cette évolution. Le changement structurel intervient dès lors que les États-Unis doivent justifier leurs nouvelles acquisitions dans les Caraïbes et le Pacifique. C'est le corollaire Roosevelt - président de 1901 à 1909 - qui justifie alors certaines exceptions quant à la neutralité dans certaines interventions des grandes puissances. Parallèlement, Roosevelt avait annoncé dès 1901 la doctrine du Big Stick - par laquelle les États-Unis affirment leur hégémonie économique sur tout le continent américain de l'Alaska à la Terre de feu.
En observant la politique des États-Unis d'avant 1914, on observe un grand pragmatisme lié aux secteurs économiques et militaires et à la volonté d'une assurance hégémonique internationale. En aucun cas la colonisation n'est justifiée (comme en Europe au XIXe siècle) par la supériorité morale ou religieuse du « chrétien blanc ». Néanmoins, la doctrine du « gros bâton » annonce la prise de conscience d'être devenu la grande puissance mondiale, fait qui sera amplifié par les deux guerres mondiales. Aujourd'hui, la tentation est grande de confondre colonisation (processus actif) avec américanisation (processus culturel passif dans la mesure ou il est accepté en tant que norme), réveillant ainsi les tensions anti-américanistes ou anti-occidentales. De l'autre côté, la confusion entre justice et valeurs occidentales chrétiennes, globalisation et matérialisme, structure une fort sentiment anti-islamique renforcé par le risque de retour d'une colonisation politique active au Moyen-Orient par exemple.
L'expansion continentale [modifier]
La colonisation des territoires indiens.
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L'expansion dans le Pacifique [modifier]
Les îles Hawaï.
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Les colonisateurs arabo-musulmans [modifier]
L'Islam s'étend rapidement grâce à la décadence de l'Empire byzantin à l'Ouest et de l'Empire perse à l'Est. Les populations autochtones se convertissent à l'Islam (les Berbères par exemple). D'autres, les Dhimmis, peuvent conserver leurs religions (les Coptes ou les Séfarades par exemple) mais moyennant une certaine incapacité juridique et le payement d'un impôt qui leur est réservé (Jizya).
Les colonisateurs asiatiques [modifier]
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La Chine et la colonisation du Tibet [modifier]
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Voir Histoire du Tibet. Controverse au sujet de la colonisation du Tibet
L'Inde et la colonisation du Sikkim [modifier]
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Le Sikkim est un ancien royaume indépendant, et pris par l'Inde en 1975. Historiquement, le Sikkim ne faisant jamais une partie de l'Inde avant l'invasion de l'Inde en 1975.
Le Japon [modifier]
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Articles détaillés : Empire du Japon et Expansionnisme du Japon Shōwa.
La Mandchourie
La Corée
L'expansionnisme de la Seconde Guerre mondiale
Les colonisateurs européens [modifier]
La colonisation européenne est une manifestation des rivalités entre ces grandes puissances. Les États colonisateurs se sont d'abord concurrencés et combattus (corsaires français et britanniques contre les Espagnols aux Antilles, les Néerlandais contre les Portugais aux Indes et en Indonésie, les Français contre Britanniques aux Indes et au Canada).
Les missionnaires ont joué un rôle important dans l'expansion coloniale : un prêtre était présent dans la première expédition de Christophe Colomb, et les Jésuites ont acquis une grande influence aux Indes, en Chine et au Japon. Les missionnaires protestants (britanniques, norvégiens ou américains) ont joué un rôle important à Madagascar, en Chine ou à Hawaii. Ces actions participent d'initiatives privées et d'une volonté de répandre la parole du Christ, mais l'État, à travers son armée, est souvent présent pour les protéger (en Cochinchine et en Afrique noire notamment). Les explorateurs, comme le Britannique Mungo Park en Afrique occidentale, ou David Livingstone en Afrique centrale, jouèrent un rôle d'avant-garde dans l'expansion coloniale.
La colonisation française n'a pas fait oublier la perte de l'Alsace-Lorraine en 1871, mais elle a pu compenser ou tenter de compenser la défaite française[4]. De même, l'Angleterre fait de son empire économique la base de sa puissance politique ; le contrôle d'un territoire allant de l'Égypte à l'Afrique du Sud en passant par le Soudan visait à sécuriser la route des Indes qui passait par Le Cap. L'Allemagne, dont l'unité date de 1871, cherche à s'affirmer comme grande puissance mondiale.
La colonisation conduit d'ailleurs à des crises annonciatrices de la Première Guerre mondiale (Fachoda entre la France et la Grande-Bretagne, les deux crises marocaines d'Agadir et de Tanger entre la France et l'Allemagne).
Suite à ces conflits, ils choisissent de s'entendre :
pour le partage des territoires à coloniser (conférences de Bruxelles et de Berlin (organisée par le chancelier Bismarck) au XIXe siècle). La conférence de Berlin regroupe plus de 14 nations et a pour but de définir les règles de la colonisation : pour qu'il y ait colonie, il faut l'occupation effective du territoire (c'est en d'autres termes légitimer le partage de l'Afrique) ;
pour l'administration en commun de certaines colonies (condominiums britanno-égyptien du Soudan et britanno-français des Nouvelles-Hébrides).
La colonisation allemande [modifier]
Les Amériques
Articles détaillés : Drang nach Osten, Empire colonial allemand et Colonisation allemande des Amériques.
En Afrique : l'Éthiopie, le Sud-Ouest africain (génocide des Hereros).
Le nazisme et la volonté d'expansion à l'Est.
L'expansion du Troisième Reich vers l'Est ne relève pas seulement de l'état de guerre qui conduirait à l'occupation provisoire de territoires à des fins stratégiques. La doctrine nazie prônait l'expansion vers l'Est avec pour but l'extermination des population slaves qui devaient être remplacées par des colons allemands destinés à cultiver les larges plaines d'Ukraine et de Russie.
La colonisation belge [modifier]
Articles détaillés : Empire colonial belge et Colonisation du Congo.
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République démocratique du Congo
Le Rwanda
Le Burundi
La colonisation britannique [modifier]
Article détaillé : Empire britannique.
L'Empire britannique est le premier empire colonial du monde à l'époque contemporaine de la colonisation : il est sur tous les continents (on dit, comme pour l'Empire espagnol, que le soleil ne s'y couche jamais), et représente environ 1/4 ou plus exactement 33 millions de km² des terres émergées et 500 millions d'habitants.
Tout d'adord, le début du XIXème siecle permet aux Britanniques s'emparer des colonies françaises du Canada et des colonies françaises en Inde, laissant aux Français quelques comptoirs en Inde comme Pondichery ou Karikal. Cette période permet au Royaume-Uni de se constituer un grand empire colonial. Mais c'est vers 1870-1880 que l'empire colonial anglais prend racine en Afrique. Car si au départ, les possessions se limitaient à Le Cap, elles s'étendent ensuite au Bostwana, à la Rhodésie, etc. L'empire colonial britannique est alors constitué.
Les formes colonisatrices sont alors, pour l'Angleterre, de nature économique.
Les Amériques
Article détaillé : Colonisation britannique des Amériques.
L'Inde
Articles détaillés : Raj britannique et Compagnie anglaise des Indes orientales.
En Afrique
Au Moyen-Orient
L'Australie
La Nouvelle-Zélande
Tentatives d'implantation en Chine
Article détaillé : Guerre de l'opium.
La colonisation courlandaise [modifier]
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Article détaillé : Empire colonial courlandais.
La colonisation danoise [modifier]
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Article détaillé : Empire colonial danois.
La colonisation espagnole [modifier]
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Articles détaillés : Empire colonial espagnol et Colonisation espagnole des Amériques.
Le Pérou
Le Mexique
La colonisation française [modifier]
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Articles détaillés : Empire colonial français et Liste des colonies françaises.
Premier espace colonial français
Colonies américaines, la Louisiane, le Québec, les Caraïbes, la Guyane
Article détaillé : Colonisation française des Amériques.
Les comptoirs indiens
Article détaillé : Compagnie française des Indes orientales.
Second espace colonial français
Le Maghreb
Articles détaillés : Conquête de l'Algérie et Algérie française.
L'Indochine
Articles détaillés : Guerre franco-chinoise et Indochine française.
L'Afrique noire
Articles détaillés : Afrique équatoriale française et Afrique occidentale française.
Madagascar
L'île Saint-Louis
La colonisation italienne [modifier]
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Article détaillé : Empire colonial italien.
La colonisation néerlandaise [modifier]
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Article détaillé : Empire colonial néerlandais.
L'Indonésie, l'océan Indien et le Pacifique
Comptoir commercial sur l'île de Formose (maintenant Taïwan) en 1624
Le Suriname : établissement d'une colonie en 1667 (occupation du territoire en partage avec les britanniques depuis 1581).
Les Antilles néerlandaises : Aruba, Curaçao, Bonnaire, Saint-Martin, Saint-Eustache, Saba.
Article détaillé : Colonisation néerlandaise des Amériques.
La colonisation norvégienne [modifier]
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Article détaillé : Empire colonial norvégien.
La colonisation portugaise [modifier]
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L'Amérique du Sud
Article détaillé : Colonisation portugaise des Amériques.
Découverte pour les Européens de l'île de Formose (la « Belle »), aujourd'hui Taïwan en 1590.
La colonisation russe [modifier]
En Asie : Le Caucase est depuis l'origine de l'Empire russe une région stratégique vers l'accès aux mers chaudes et la Sibérie avec ses immenses espaces et ses grandes ressources est l'équivalent du Far-West pour la Russie où elle affronta en outre l'Empire de Chine avec succés pour le contrôle de ses territoires.
L'Amérique du Nord : L'Alaska étant le prolongement naturel de la Sibérie, elle fut, tout comme la côte Ouest de l'Amérique du Nord, explorée puis colonisée par les Russes, mais elle fut finalement vendue aux États-Unis en 1867.
Article détaillé : Colonisation russe des Amériques.

La colonisation suédoise [modifier]
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Article détaillé : Empire colonial suédois.
Les colonisateurs israéliens [modifier]
Articles détaillés : sionisme et Colonie israélienne.
L'envoi de colons juifs en Palestine présente plusieurs particularités :
Il s'agit d'un peuple colonisant un Etat (protectorat britannique de Palestine), alors qu'historiquement c'est généralement un Etat qui colonise un peuple.
Les colons n'ont pas pour origine une métropole, une nationalité commune, mais une religion.
La tardivité de la colonisation (à partir de 1918), à une époque où les Empires coloniaux sont déjà institués, voire en déclin.
Selon le point de vue israélien, il s'agit de redonner aux juifs un territoire qui leur appartenaient pendant l'Antiquité. La référence d'un retour à une « terre promise » est une notion généralement absente dans le colonialisme.
La colonisation se poursuit aujourd'hui.
Les colonisateurs ottomans [modifier]
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Article détaillé : Empire ottoman.
Les colonisateurs précolombiens [modifier]
Les Aztèques et la colonisation du Mexique précolombien [modifier]
À partir de 1428, sous le règne de Itzcoal, l'empire aztèque commence son expansion en s'appuyant sur la guilde des marchands qui acquerront ainsi bientôt un nouveau statut privilégié dans la cité.
Encouragés par l'État à effectuer des aventures commerciales vers le sud, les marchands aztèques avaient parfois vocation à exiger des traités de commerce avec les populations nahuas ou mayas qui, s'ils n'étaient pas respectés, permettaient aux maîtres de Mexico Tenochtitlan de déclencher des guerres afin d'asseoir leur autorité sur une région qu'ils convoitaient.
Les Incas et la colonisation des régions andines [modifier]
A partir de 1438, sous l'impulsion de l'empereur Pachacuti Yupanqui, l'empire inca commence son expansion. On trouve dans l'ouvrage Commentaires royaux des Incas d'Inca Garcilaso de la Vega un exemple de cette dimension colonialiste de l'empire inca. Lors de la phase d'expansion de leur empire, les Incas rencontrèrent la civilisation Chimu. Comme à leur habitude, les Incas proposèrent aux Chimu d'abandonner leurs lois au profit des lois de l'empire inca, d'offrir « la terre et l'eau » à leur colonisateur, en même temps que d'abandonner leurs dieux au profit du nouveau syncrétisme religieux mis en place au Cuzco (nombril ou centre du monde). Les Incas exposèrent aux Chimus les bénéfices qu'ils pourraient retirer de ce nouvel état en leur offrant le mariage entre les élites Chimu et les élites incas, en même temps que certains projets de développement. Les Chimus, attachés à leur indépendance et à leur culture, refusèrent la colonisation. La réaction militaire des Incas fut immédiate. Au terme d'une guerre de 5 ans, les armées chimues furent défaites et leur capitale Chan Chan détruite. En 1470, la population chimue fut déportée : des colons incas s'installèrent sur le territoire des Chimus qui dès lors cessèrent d'exister en tant que nation.
Les causes de la colonisation [

Le fardeau de l'homme blanc - un portrait satirique
La colonisation a subi un examen critique au cours des XIXe et XXe siècles, notamment à partir de la phase de décolonisation mondiale.
Les motivations idéologiques ou religieuses [modifier]
Des idéologies ou corpus de croyances divers ont participé à l'émergence du colonialisme ou ont été utilisés pour le justifier.
Les religions monothéistes : christianisme, islam, judaïsme
Le racisme
L'humanisme
Depuis l'époque de Christophe Colomb, dans la bouche et l'esprit des colonisateurs européens, la colonisation s'est prévalue d'une volonté d'extension humaniste, d'abord du christianisme, puis d'une volonté civilisatrice. Cette conception, tout en se réclamant de généreux sentiments, a méconnu la culture des colonisés et les droits de l'homme dans ces pays : voir l'article fardeau de l'Homme blanc (The White Man's Burden de Rudyard Kipling).
Dans sa lettre annonçant la découverte de l'Amérique écrite le 14 février 1493, Christophe Colomb évoquait déjà la question de l'évangélisation des Indios par la reine d'Espagne. Plus tard, dans les lois de Burgos de 1512, la couronne de Castille décrète, dans l'article 17, que les Indios d'Amérique doivent être dominés dans le système de l'encomienda afin d'être évangélisés.
Des notions de colonisation émancipatrice et de racisme philanthropique servent à justifier la colonisation[5] où les colonisateurs se présentent comme les porteurs d'une philosophie[6].
L'étude visant à la déconstruction de l'Orientalisme, effectuée dans le cadre des Études post-coloniales, notamment au travers de l'½uvre d'Edward W. Saïd, a émis l'hypothèse selon laquelle l'Occident s'était conçu culturellement un point de vue dominant sur un Orient plus conceptuel que réel, qu'il avait lui-même forgé. Ces idées appliquées au réel rencontré dans les colonies a justifié l'établissement des fonctionnaires de l'administration coloniale sur les indigènes assujettis. La théorie du choc des civilisations de Samuel Huntington approfondit cette distinction entre les « civilisations » de l'Occident chrétien, du monde islamique et de l'Extrême-Orient, mais ne considère plus que l'Occident doit tenter d'imposer ses valeurs, ses institutions et sa culture aux autres civilisations.
Certains auteurs remarquent que ces idées humanistes n'ont pas fait le relais d'autres idées. C'est le cas par exemple de la laïcité pour les colonies françaises où, dès 1905, le culte est séparé de l'État en métropole : aucune colonie française ne bénéficia de la législation laïque métropolitaine[7].
Les motivations économiques [modifier]
L'expansion coloniale a en premier lieu été motivée par la recherche de matières premières dans les territoires colonisés, étant donné que la route des Indes en Asie ouverte par Marco Polo au XIIIème siècle est dorénavant fermée. Ainsi, l'Égypte sous domination romaine est "le grenier de Rome", l'Espagne importe l'or et les métaux précieux d'Amérique latine pour financer ses guerres en Europe.
Les puissances coloniales étaient parfois motivées par la recherche de débouchés pour leurs produits manufacturés. L'Angleterre du XIXe siècle et du début du XXe siècle exporte ses produits de l'industrie textile en Inde après y avoir détruit les structures de production locale en même temps qu'établi un système administratif, nécessaire au pillage des ressources locales au profit de la métropole.
Les différents types de colonisation [modifier]
La colonisation a pu structurellement revêtir différentes formes suivant le contexte colonial. En voici quelques exemples.
La colonisation de position [modifier]
La colonisation de position consiste :
soit à ouvrir des comptoirs commerciaux, destinés à l'échange, à la vente des produits métropolitains ou (et) à l'achat des productions locales (comptoirs phéniciens de Tyr autour de la Méditerranée, comme Icosim, ou, ultérieurement, Alger). Les comptoirs sont des établissements, le plus souvent côtiers, établis à des fins commerciales, afin de procurer un relais aux commerçants de la métropole, et un point d'échanges avec l'arrière-pays. Leurs établissements peut se faire à titre privé et précéder les initiatives coloniales d'un État mais ils peuvent aussi être l'initiative d'un État via des Compagnies commerciales à Charte (Compagnie des Indes occidentales, Compagnies des Indes orientales, créées par les Provinces-Unies (actuels Pays-Bas), le Portugal, la Grande-Bretagne et la France) ;
soit en l'ouverture de bases navales ou militaires servant d'escales pour des colonisations plus lointaines (Aden, Djibouti), ou au contrôle du trafic maritime international (Gibraltar, Malte, Singapour).
La colonisation de peuplement [modifier]
La colonie de peuplement vise à établir une population originaire de la métropole sur un territoire dont elle n'est pas issue. Celle-ci fait souche sur place. Ce type de colonie dépendra ou non de la métropole et c'est l'importance de la population qui la rendra éventuellement autonome (certaines colonies phéniciennes ou grecques, fondées pour répondre à un surcroît de population de la métropole, comme Carthage ou Syracuse ; colonies britanniques du Nouveau Monde, d'Australie, de Nouvelle-Zélande, la Nouvelle France, l'Algérie française, furent des territoires peu peuplés d'indigènes). Cette colonisation peut être subie par les colons (prisonniers de droit commun (convicts), envoyés en Australie ou en Nouvelle-Zélande).
La colonisation d'exploitation [modifier]
La colonie d'exploitation implique la conquête militaire d'un territoire en vue d'en exploiter les richesses naturelles, dans l'intérêt de la métropole. Dans ce type de colonisation, les colonisateurs fournissent les cadres — qui n'y font généralement pas souche — et les indigènes y sont les exécutants (colonies espagnoles d'Amérique du Sud, ou françaises d'Afrique noire et d'Indochine). Ce type de colonies peut introduire certaines techniques d'industrialisation[8].
La colonie mixte est une colonie d'exploitation, dans laquelle la partie métropolitaine de la population fait souche (Rhodésie).
La colonisation de plantation [modifier]
La colonie de plantation est une colonie dans laquelle la population métropolitaine, chargée de l'encadrement fait souche, mais où les exécutants sont principalement des esclaves (Antilles, Brésil, certaines colonies anglaises/britanniques d'Amérique du Nord).
Maintes colonies relèvent simultanément de deux ou plus des catégories ci-dessus. La plupart des types de colonies ci-dessus ont été au moins partiellement militaires (en dehors des colonies de position qui se sont limitées à une finalité purement commerciale). Le facteur militaire a pratiquement toujours joué dans l'expansion coloniale, soit dans la phase d'installation, soit ultérieurement, pour la protection ou le maintien de l'ordre : certaines colonies ont même eu une finalité essentiellement militaire, lorsqu'elles ont visé au contrôle d'un territoire, d'un lieu de passage stratégique, d'une population ennemie ; elles ont alors souvent comporté une population suffisante pour épauler ou constituer elle-même une garnison (voir colonie romaine pour la Rome antique). Elles ont également pu être un relais, un point d'appui en territoire ennemi pour des opérations militaires.
Ces colonies prennent ensuite sous différentes formes : sujétion totale à la métropole, assimilation, dominion, protectorat.
Les méthodes de la colonisation [modifier]
Quelques exemples :
La vente d'opium importée des Indes britanniques dans les comptoirs des côtes de Chine ayant pour but de forcer l'ouverture de la Chine aux puissances européennes.
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Les moyens de la colonisation [modifier]
Certaines puissances coloniales se sont dotées d'outils économiques politiques ou militaires pour établir leur système colonial et organiser ou justifier l'appropriation des ressources des colonies assujetties.
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Les moyens économiques [modifier]
On rapporte que dans le second empire colonial français, et notamment en AOF/AEF, l'impôt devait être payé en monnaie, et en aucun cas en liquide. Les indigènes ne disposant pas de monnaie, et a fortiori pas de monnaie française dans la mesure où leur économie était basée sur le troc, ils durent se soumettre à un travail salarié en manufacture afin de pouvoir régler l'impôt sous peine de subir brimades, vexations et humiliations en tout genre. Ce fut un moyen efficace d'encadrer et de répertorier les populations.
La compagnie des Indes orientales anglaises
La VOC, Compagnie néerlandaise des Indes occidentales (en néerlandais West-Indische Compagnie ou WIC)
Les confédérations de marchands aztèques.
l'Empire aztèque utilisa ses castes de marchands pour préparer ses phases d'expansion coloniales. Les marchands formaient des expéditions dans des contrés lointaines pour y étendre leur commerce. Au cas où les populations locales refusaient d'établir des liens commerciaux avec les nouveaux arrivant, l'empire décidait alors d'envoyer ses armées venger l'affront fait à ses marchands et établissait.
À cette époque, tout comme en Angleterre au XIXe siècle, la caste des marchands commença à occuper une place plus grande dans l'ordre social de l'Empire aztèque, et les membres de cette caste purent prétendre à des titres et avantages qui étaient autrefois réservés aux guerriers.
Les moyens politiques [modifier]
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Les moyens militaires [modifier]
Les états ou puissances coloniales se dotent de corps d'armées spécifiques destinés à maintenir la sujétion des colonisés ou a en assurer la protection contre d'éventuelles puissances coloniales rivales.
Les moyens juridiques [modifier]
La notion de terra nullius permit de donner une assise juridique à la colonisation.
Des traités ou accords permirent aux colonisateurs de se partager les terres occupées, comme le traité de Tordesillas.
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Les conséquences de la colonisation [modifier]
Les conséquences humaines [modifier]
Influences sur l'esclavage [modifier]
Article détaillé : Esclavage.
Répandu partout dans l'Antiquité, l'esclavage fût considérablement étant en voie de disparition en Europe à la fin du Moyen Âge, au cours duquel il avait été remplacé par le servage, dont, du moins les victimes n'étaient plus considérés comme de simples marchandises. Mais il réapparut dans les colonies européennes lors de l'expansion coloniale. Dès lors, intimement lié au fait colonial bien qu'il n'en soit pas le seul apanage, l'esclavage a pu se développer dans ou à partir des colonies sous l'impulsion des puissances coloniales.
On estime à 20 millions le nombre d'africains déportés d'Afrique en Amérique. Un tiers d'entre eux seulement arrivaient à destination, bien que ces chiffres soient sujets à études et controverse, on peut envisager que le coût en vie humaine a pu atteindre 41 millions de morts.
Mais sur les autres continents l'esclavage s'est maintenu, tant en Asie qu'en Afrique, mais surtout où non seulement l'esclavage était resté très répandu, mais qui devint à partir de la naissance de l'islam, le champ privilégié de la Guerre Sainte "Djihad", en réalité alibi commode pour des chasses à l'homme massives pratiqués d'abord par les Arabes, puis par les Africains islamisés (Peuls) contre ceux qui ne l'étaient pas.
Seule la colonisation européenne, interdisant la traite à partir du XIXe siècle allait le faire reculer.
Génocides, déportations et tortures [modifier]
Le génocide est défini par l'extermination active ou l'établissement des conditions qui entraînent la disparition d'un peuple, d'une ethnie ou d'une culture. Le génocide a pu être un moyen mais aussi une conséquence du fait colonial.
Dans les Amériques
Le génocide des indiens d'Amérique, était essentiellement motivé par la volonté d'exploiter les ressources naturelles des régions colonisées en même temps que d'en expulser ses habitants originels pour récupérer leurs terres. Il demeure difficile à chiffrer.
Dans son ouvrage Très brève relation de la destruction des Indes (1552), Bartolomé de Las Casas témoigne de ce qu'il a vu à Hispaniola, et estime entre 500 000 à un million le nombre d'indiens vivant sur cette île avant l'arrivée des colons espagnols, trente ans plus tard, ils ne sont plus que 30 000, victimes de massacres systématiques et des conditions de leur asservissement. La plupart sont morts dans les mines où ils étaient forcés de travailler pour obtenir l'or demandé par la couronne d'Espagne.
Certaines nations indiennes d'Amérique du Nord, tels les Creeks, les Cheyennes, les Séminoles ont été déportés ou exterminées, on estime à 4 millions le nombre d'Indiens directement victimes de la phase d'expansion coloniale des États-Unis de la côte Est à la côte Ouest au cours des XVIIIe et XIXe siècles.
En Afrique
Une des grandes particularités de l'esclavage arabo-islamique est la mutilation sexuelle quasi-systématique des esclaves mâles[9]. L'utilisation assumée des esclaves femmes comme objet sexuel n'est cependant pas l'apanage du monde musulman [10].
En Éthiopie, les Herreros sont déportés par la puissance colonisatrice allemande qui y établit les premiers camps d'extermination
Ainsi Lothar Von Trotha, écrit que « le peuple Herrero doit quitter le pays, sinon, je le délogerai avec le « groot Rohr » (grand canon) ». Sur une population de 90 000 Herreros, il n'en restera bientôt plus que 15 000.
Dans son "Histoire populaire des États-Unis, Howard Zinn estime que 60 millions d'africains furent déportés pour devenir les esclaves du nouveau monde, mais seuls 20 millions d'entre eux arrivèrent effectivement sur les continents américains. Quarante millions d'africains seraient donc morts au cours des traversées du fait des conditions de la déportation.
Durant les premières années de la colonisation belge du Congo (1880-1908), le roi Léopold II s'empare, à titre personnel, des immenses territoires traversés par le fleuve Congo, afin de faire main basse sur ses prodigieuses richesses. Réduite en esclavage, la population subit un travail forcé, tortures et mutilations, au point qu'on estime à 10 millions le nombres d'africains qui périrent. [11].
Selon Enzo Traverso, le nombre de victimes des conquêtes européennes ane Asie et en Afrique au cours de la seconde partie du XIXe siècle tourne autour de 50-60 millions, dont la moitié environ due à la famine en Inde[12].
Le statut des peuples colonisés
La colonisation ne s'est pas faite sans violence ni révoltes.
Une différence de traitement ou de statut (sujet, citoyen, esclave, etc.) peut exister entre les colonisés et les colons. Les colons sont plus durs pour les indigènes que les métropolitains[réf. nécessaire]. L'élément métropolitain peut jouer un rôle modérateur à l'égard des colons. C'est ainsi que les rois d'Espagne ont dû interdire aux colons ibériques la réduction des Indiens en esclavage à la suite de la controverse de Valladolid ou que le « Code Noir » est mis en vigueur par le gouvernement de la métropole, pour limiter les abus des planteurs, tout en restant répressif.
Certains aspects de la colonisation européenne de l'Amérique ou de l'Afrique ont été qualifiés de crimes contre l'humanité par de nombreux historiens. Ainsi selon Gilles Manceron, "la République (française) doit reconnaitre que les crimes coloniaux sont bien des crimes contre l'humanité, au sens du premier texte international qui employait le terme, la déclaration du 24 mai 1915 des gouvernements français, britannique et russe à propos des massacres dans l'empire ottoman contre les civils arméniens, qui parle de crimes contre l'humanité et la civilisation. Ou encore de la résolution des Nations unies du 11 décembre 1946, qui dit que le génocide bouleverse la conscience humaine"[13].
L'esclavage est responsable de nombreux morts dus aux conditions de vie difficile mais aussi des déplacements de populations visant à le fuir (nègres marrons, en Guyane, Guadeloupe, Martinique et à la Réunion ou en Amérique centrale).
Au-delà de l'esclavage, la pacification, la répression des révoltes et le travail forcé ont fait régresser les populations sur le plan démographique[14].
Les originaires de pays autres que les métropoles profitent de la colonisation pour venir se mêler à la population colonisatrice et s'associer à ses actions (Par exemple, immigrants espagnols et maltais en Algérie française, libanais en Afrique noire, ou Indiens d'Asie à l'Île Maurice). Leur présence a parfois contribué à accentuer le particularisme des colons vis à vis de la métropole.[réf. nécessaire]
Les conséquences sanitaires [modifier]
Au niveau sanitaire, si durant la période coloniale, on note un recul marquant du paludisme, de la malaria et de nombreuses maladies tropicales.[réf. nécessaire] Certains auteurs[réf. nécessaire] avancent que les initiatives de santé publique visaient également à enrayer la décroissance démographique afin de conserver un réservoir de main d'½uvre.
Par ailleurs, le travail forcé, les déplacements de populations et les campagnes de vaccination et de prévention de la maladie du sommeil sont suspectés d'être à l'origine de l'actuelle pandémie du virus VIH-1 (virus du sida) en Afrique équatoriale française dans les années 1910-1940. De même le commerce triangulaire d'esclaves pourrait expliquer l'expansion du VIH-2[15].
Les conséquences culturelles [modifier]
Dans les colonies françaises et britanniques, les colons mettent en place des écoles primaires et des établissements secondaires, de type collèges et lycées.
Pourtant, il serait faux de considérer que les peuples colonisés n'avaient pas de culture à part entière et ne possédaient pas d'élites intellectuelles, et cela même lorsque ces cultures se transmettaient oralement et non par le truchement de l'écriture.
Ainsi, s'agissant de l'Afrique sahélienne, dès le XIIIe siècle de notre ère, elle possédait des centres intellectuels. C'est ainsi que l'université de Sankoré rassembla de nombreuses générations de savants négro-africains, dont le Tarikh Es Soudan (1652) du Tombouctien Abderrahmane Ben Abdallah Ben Imran Ben Amir Es Sa'di a fourni une liste[16], notamment des éléments biographiques sur Ahmed Baba. À l'Est du continent, le philosophe africain Zora Yacob est contemporain de Descartes dont sa philosophie se rapproche du cartésianisme.
La mise en place des systèmes coloniaux a bien souvent détruit les systèmes culturels préexistants en voulant les remplacer par les cultures importées des métropoles.
Au Mexique, dés les débuts de la colonisation, les moines espagnols brûlent des milliers de codex mayas dont l'écriture figurative leur semble peuplée de démons.
Les conséquences écologiques [modifier]
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Les conséquences économiques [modifier]
Article détaillé : Bilan économique de la colonisation en Afrique.
Les populations autochtones perdent généralement la direction de leurs affaires au profit des éléments colonisateurs. La colonisation se traduit par le développement du secteur primaire (plantation, industrie extractive), les industries de transformation étant réservées à la métropole. Un « Privilège de l'exclusif » en faveur de la métropole peut être mis en place avec vente exclusive des matières premières à la métropole ; achat exclusif des produits manufacturés métropolitains ; recours exclusif au fret métropolitain.
Le développement des infrastructures locales est mis en ½uvre par les colonisateurs avec la main-d'½uvre locale (travaux forcés, déportation de main d'½uvre, travail non rémunéré[17], recrutement forcé[18], etc.) dans le but d'exporter les richesses locales[19].
De même, les bâtiments coloniaux étaient occupés par le personnel colonial, tandis que les populations autochtones habitaient à la périphérie de leurs propres terres, ou dans des lieux périphériques des villes coloniales :
« Le modèle colonial urbain reposait sur trois éléments : le monopole foncier de l'administration publique sur le sol urbain ; la stricte application de la division fonctionnelle de l'espace : urbanisme de plan avec une administration tatillonne et introduction du droit écrit ; le lotissement comme outil physique d'aménagement de l'espace urbain et outil de ségrégation : lotissement équipé pour la population européenne et les évolués, lotissement sommaire pour les autochtones. »
    — [20]
Ensuite, pour le financement de toutes ces infrastructures, des prélèvements obligatoires en nature et en numéraire étaient ponctionnés sur les populations indigènes : impôt sur les cases, impôt de taille, impôt de capitation, impôt sur le revenu des personnes physiques, etc. Pour échapper à cette pression fiscale particulièrement drastique et aux représailles militaires, certains Africains s'enfuyaient[21]. Des exodes qui ont ralenti, voire annihiler, les échanges économiques avec les pays proches outre qu'ils étaient combattus par les troupes coloniales.
Les colons manifestent généralement une attitude revendicatrice et souvent autonomiste à l'encontre des métropoles. Ce sont les colons qui ont exprimé les premières revendications autonomistes et conquis les premières indépendances coloniales :
colonies britanniques : refus des taxations métropolitaines et guerre d'indépendance des 13 colonies d'Amérique du Nord, indépendance des colons de Rhodésie.
colonies espagnoles : ce sont les créoles espagnols (José de San Martin, Francisco de Miranda et Simon Bolivar), et non les Indigènes, qui se sont plaints de l'oppression de la métropole et lui ont livré les guerres d'indépendance.
colonies françaises : ce sont les Européens d'Algérie, qui ont réclamé l'autonomie financière de la colonie d'Algérie (création des Délégations financières, des taux d'impôt réduits et des timbres particuliers distincts de ceux de France).
Généralement l'on considère la valeur monétaire des échanges économiques entre les métropoles et leurs colonies. Or, d'une part cette valeur est fixée unilatéralement par des institutions métropolitaines ; ce qui explique au moins partiellement le phénomène dit de la détérioration des termes de l'échange. D'autre part, la valeur stratégique de ces échanges est sans commune mesure avec les prix chichement alloués aux colonisés. Durant la période coloniale, selon les récents travaux de l'université d'Oxford, la production des colonies africaines de l'Empire britannique représentait moins d'un pour cent du PIB de l'Empire.

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#Posté le lundi 18 mai 2009 05:59

comprendre l'esclavage


 


qu'est ce que l'esclavage?

La traite des Noirs est un phénomène qui remonte à la nuit des temps pharaoniques, mais celle qui nous occupe ici est d'une autre nature, à la fois modestement séculaire et violemment nouvelle.
C'est au milieu du XVe siècle que les Portugaiscommencèrent à trafiquer des hommes sur une côteafricaine dont ils faisaient la connaissance. Au débutdu siècle suivant, les Espagnols, qui emménageaient depuis peu de l'autre côté de l'Atlantique, eurent besoin de bras pour exploiter les espaces immenses et fabuleux du Nouveau Monde. Les immigrants européens ne suffisaient pas à la tâche et les populations amérindiennes succombaient à celle qu'on leur imposait. Il fallait puiser à d'autres sources. On pensa à l'Afrique : elle était à la fois accessible et intarissable.
Les pays ibériques eurent vite fait de se répartir les rôles : au Portugal le transport des nègres,à l'Espagne l'utilisation des esclaves. Les navigateursaventuriers hollandais, anglais et français considérèrentd'un il torve ce monopole de jure. Ils ne tardèrentpas à introduire frauduleusement des captifs outremer augrand dam des nouveaux propriétaires : la traite desNoirs par l'Atlantique avait désormais rang international. Elle obtint ses lettres de noblesse au XVIIe siècle quand les principales monarchies la légalisèrent et elle eut bientôt droit de cité dans les livres.
Dans son Dictionnaire Universel de Commerce publié en 1730, Jacques Savary des Bruslons définissait ainsi la traite des nègres : "Les Européens font depuis des siècles commerce de ces malheureux esclaves, qu'ils tirent de Guinée et des autres côtes d'Afrique, pour soutenir les Colonies qu'ils ont établies dans plusieurs endroits de l'Amérique et dans les Antilles".
La traite est donc l'enlèvement des Noirs d'Afriquesuivie de leur déportation en Amérique, etplus tard vers l'archipel des Mascareignes dans l'océanIndien. Elle a deux objectifs et le second est le corollairedu premier : amasser de l'argent grâce au commerce des captifs; façonner de belles colonies avec la sueur et le sangdes esclaves. La réalisation de ces deux objectifs nécessiteune triple opération : 1/ échanger des produitsbruts et manufacturés européens contre des captifsafricains; 2/ transporter ces captifs par-delà l'océanpour en faire des esclaves dans les colonies; 3/ vendre ou échanger les captifs contre des denrées tropicales destinées à l'Europe.
La traite des Noirs était dénomméede diverses manières : traite des nègres, des esclaves,ou de Guinée. Il n'était pas signifiant d'utiliserun terme plutôt qu'un autre ni d'adopter une minuscule plutôtqu'une majuscule. Il n'était pas non plus nécessairede les employer : le mot "traite" employé sanscomplément suffisait la plupart du temps à définirson objet. On pouvait traiter autre chose que des hommes, toutessortes de richesses que recélait l'Afrique, mais sans autreprécision, "faire la traite" revenait àprendre des humains à la côte africaine.
 


La confusion peut exister entre ces deux termesindissociables. L'esclavage et la traite s'alimententmutuellement et ne peuvent donc, ou difficilement, vivre l'unsans l'autre : l'esclavage sans la traite se régénèreau ralenti, la traite sans l'esclavage s'arrête. Pourtant,aussi liés soient-ils, ce sont des phénomènesparfaitement distincts occupant des durées, des lieux,des hommes différents.
L'esclavage était pluri-millénaire quanddébuta la traite par l'Atlantique et il lui survécutdes dizaines d'années dans les colonies des pays concernés.Par exemple, l'Angleterre et les États-Unis abolissentla traite en 1807, la France en 1815, et suppriment respectivementl'esclavage en 1833, 1865, 1848. Cuba et le Brésilsont, en 1886 et 1888, les deux derniers pays à abolirl'esclavage au XIXe siècle. Au XXe siècle,l'esclavage n'est pas mort. Il perdure en Mauritanie malgrétrois abolitions dont la dernière remonte à 1981seulement, et en 1996 Dominique Torrès publiait aux éditionsPhébus un ouvrage intitulé : 200 millions d'esclavesaujourd'hui.
Si la traite et l'esclavage sévissent sur les terresafricaines, la traite s'arrête en Amérique,là où l'esclavage recommence.
Les victimes sont toujours noires mais leur condition évolue,ou empire. Captives le temps de la traite, elles deviennent esclavesentre les mains de leurs nouveaux maîtres. Les bourreauxsont africains et européens. Les premiers amènentles captifs de l'intérieur vers les côtes et lesseconds assurent leur transport vers l'Amérique : ce sontles négriers ; ceux qui exploitent les captifs dans lescolonies sont les esclavagistes. Mais négriers et propriétairesd'esclaves ne sont pas obligatoirement les mêmes. Un armateurmétropolitain qui expédie à la traite peutn'avoir aucune relation directe avec le milieu des colons, neposséder aucun champ de canne à sucre ni aucun esclave: il assure un service de pourvoyeur que les colons "amériquains"ne lui disputent pas. Mais cette séparation fut au fildu temps de moins en moins nette. Les colons étaient mauvaispayeurs. Aussi les négociants de la métropole n'avaient-ilscomme autre moyen pour recouvrer leurs créances que des'implanter aux îles, soit en se liant avec des sociétésdéjà en place, soit en gérant des domainesou en les enlevant à leurs débiteurs. Sur lafin du XVIIIe siècle, et souvent contre leur gré, les principales maisons de commerce des ports négriers français pratiquaient à la fois la traite et l'esclavage.
En dépit de leurs liens étroits, ces deux activités doivent être considérées séparément. Avec des passerelles inévitables entre les deux, l'étude de la traite est une fin en soi, celle de l'esclavage en est une autre.

Le besoin d'esclaves aux Amériques est donc né du souci des Espagnols de se constituer une réserve de main-d'½uvre aussi inépuisable que les ressources du sol et du sous-sol qu'ils se faisaient fort d'exploiter à plein régime. Ce régime fut fatal aux Indiens qui moururent par millions. Il fallait leur substituer des travailleurs capables de supporter les contraintes conjuguées du travail forcé et du climat : les Noirs, qui vivaient sous les mêmes latitudes et connaissaient déjà l'institution de l'esclavage, seraient en pays de connaissance.
L'installation des Européens du Nord en Amérique se fit au début du XVIIe siècle. Dans lesannées 1630, les Français étaient implantés dans les îles antillaises de Saint-Christophe, de la Guadeloupe et de la Martinique. Même si des groupes d'esclaves arrivèrent très tôt, on recourut d'abord à une main-d'½uvre blanche plutôt que noire pour mettre en valeur ces possessions nouvelles. Cette immigration était volontaire. De pauvres bougres, le plus souvent, embarquaient au Havre, à Nantes, Bordeaux ou La Rochelle, pour s'engager au service d'un planteur de coton ou de tabac. Après une période fixée par contrat à trois ans, ils recevaient un petit pécule acquitté en tabac et un bout de terre. Jusqu'en 1660, ces "engagés"suffirent à cette première mise en route pastoraleet agricole des Petites Antilles. Ensuite, ce fut différent.Le développement de la culture des grandes denréesd'exportation comme le sucre exigeait qu'on employât beaucoupde monde sur des propriétés de plus en plus grandes,appelées "habitations". C'était notammentle cas à Saint-Domingue dont la colonisation avait étéplus tardive. Alors, affluèrent les Noirs.
Ils présentaient sur les engagés blancs des avantages indiscutables : ils étaient bon marché, corvéables à merci, renouvelables à volonté. Par ailleurs, les colons n'en étaient pas les seuls bénéficiaires. En amont, les négociants de la métropole avaient tout à y gagner : la source des profits était démultipliée : de l'écoulement des cargaisons en Afrique au transport des nègres et à leur entretien dans les colonies. L'accroissement de la production sucrière directement liée à l'augmentation du nombre des esclaves s'ajoutait à ces facteurs d'enrichissement. Un cercle vertueux en somme auquel l'Etat ne pouvait demeurer insensible. On attendait de lui des mesures en faveur de l'économie coloniale. Elles vinrenten 1670 et la traite française décolla.
 


La politique négrière de la Francene fut guère plus audacieuse que la politique maritimeet coloniale qui l'englobait. (Il est question ici d'économie,pas de morale.) Au contraire de l'Angleterre à l'accointancesi évidente avec la mer et les mondes lointains, la France eut avec eux des rapports compliqués et cela se traduisit par une succession d'initiatives et de mesures souvent incohérentes, malheureuses ou tardives.
Passons sur le XVIe siècle. Désorganisé par les conflits intérieurs et extérieurs, tenu par le traité de Crépy (1544) et la trêvede Vaucelles (1566) conclus avec l'Espagne de ne pas armerpour les Amériques, l'Etat français n'a pas mêmela faculté de regarder au-delà de ses frontières.L'aventure dans l'Atlantique sud est individuelle et interlope.
La royauté apporte son soutien au XVIIe siècle maiselle ne se débarrassera plus d'une stratégie tourà tour encourageante et dissuasive. En 1642, unédit de Louis XIII fait ½uvre pionnière en autorisant la traite négrière mais il n'aura pas d'effet avant longtemps parce que les options choisies par Richelieupuis Colbert firent long feu. Pour développerl'activité maritime et soutenir la colonisation françaiseaux Antilles, les ministres se conformèrent au modèlehollandais et fondirent des compagnies dont les échecssuccessifs eurent leur point d'orgue avec la liquidation de laCompagnie des Indes occidentales en 1674. Mais Colbertn'avait pas attendu pour faire marche arrière. En 1670,il accorda la liberté du commerce avec les îles encontrepartie d'un droit versé à la Compagnie desIndes fixé à 5 % de la valeur des retours et ramenéà 3 % l'année suivante. La traite françaisepu alors démarrer sous la bannière d'un chef defile, La Rochelle, qui expédia 45 navires négriers jusqu'en 1692.
En 1685, Colbert avait fait accompagner les mesuresprises en métropole en faveur de la traite par l'établissement,en aval, d'une codification de l'esclavage en soixante articlesconnue sous le nom de Code noir. Ce recueil d'édits,publié en format de poche à l'usage des maîtres,concernait le régime, la police et le commerce des esclavesdans les îles françaises de l'Amérique - etde l'océan Indien en 1723. Il s'agissait, en théorie,de définir les droits et les devoirs des esclaves et desmaîtres les uns envers les autres. En pratique, et quandils étaient respectés, les droits de l'esclave selimitaient à l'accès aux sacrements religieux etaux soins médicaux ou à l'octroi d'une ration alimentairehebdomadaire et de deux habits par an. En revanche, les droitsdu maître plaçaient l'esclave sous sa complètesujétion : l'esclave noir était sa propriété, un bien "meuble" dont il usait à sa guise, le punissant, l'assurant, le vendant, le léguant, engrossant les négresses et les affranchissant parfois avec leur progéniture. Ravalé au rang de marchandise, l'esclave noir était transporté, cédé et considéré comme telle.
C'est au XVIIIe siècle que la traite connaît sonâge d'or, mais son apogée se situe tout àla fin, quand l'aide de l'Etat est à son comble. Cela commencepar les Lettres Patentes de 1716 et 1717 qui permettentaux principaux ports français "de faire librementle commerce des nègres" et réduisent de moitiéles taxes sur les denrées en provenance des colonies commele sucre. Il reste à acquitter un droit de 20 livres parNoir introduit aux îles; à partir de 1768, les portssont exemptés de ce droit ramené entre temps à10 livres. Les efforts financiers de l'Etat furent grands en 1784et 1786 : tout navire négrier recevait une prime d'encouragementde 40 livres par tonneau de jauge payée avant son départet une prime de 160 ou 200 livres pour chaque captif débarquéaux colonies à son retour ; ces efforts portèrentleurs fruits : les armateurs même les plus timoréseurent de l'estime pour le trafic des nègres. Mais laRévolution mit fin à cette manne en supprimant lesprimes puis l'esclavage.

La plupart des nations européennesont été plus ou moins concernées par lephénomène négrier selon qu'elles ont armé des navires ou qu'elles ont borné leur rôle au financement ou à la constitution des cargaisons et des équipages.
Considérant la seule traite par l'Atlantique, troispays se détachent nettement dans la première catégorieen totalisant 89,9 % des expéditions : l'Angleterrevient largement en tête avec 41,3 %, suivie du Portugalet de la France avec respectivement 29,3 % et 19,2 %. Ilreste des miettes pour les nations du Nord : 5,7 % pour la Hollande,1,2 % pour le Danemark. (Quant aux 3,2 % qui manquent pourfaire le compte, ils appartiennent à l'Amérique.)Un pays européen de poids ne figure pas dans ces statistiques: l'Espagne. Sa Majesté Très Catholique, dont les colonies américaines consommaient pourtant beaucoup d'esclaves, en concédait le monopole du commerce à d'autres plutôt qu'à ses sujets. Grâce à un privilège ou contrat dit de l'Asiento, les Génois, les Portugais, les Hollandais, les Français, les Anglais et les Basques enfin, se succédèrent dans le transport des captifs à destination des possessions espagnoles. D'autres pays ne figurent pas davantage pour la raison que leur participation fut de portée moindre voire anecdotique, ainsi la Flandre, la Prusse, la Norvège, la Suède ou encore la Russie. Tout pays ayant une façade maritime et un peu d'ambition coloniale était à même d'avoir une impulsion négrière. Mais il y en avait d'autres.
Des esclaves embarqués sur l'Helvétie
Un pays comme la Suisse compensait son handicap géographiquepar la densité de son réseau commercial européen.De grandes sociétés implantées àNeuchâtel, Genève ou Bâle avaient des filiales dans les grands ports comme Nantes et Bordeaux et elles entretenaient des relations étroites avec les firmes et les banques d'origine protestante. Quand les négociants suisses n'armaient pas eux-mêmes, ils investissaient ou fournissaient des textiles appropriés à la traite.
Manufacturer des articles pour la traite était une manière indiscutable de participer au trafic négrier. De ce point de vue, la liste n'en finirait pas de toutes les villes et régions concernées : fusils à Saint-Etienne, Liège ou Birmingham, sabres et couteaux flamands, bassins de cuivre à Amsterdam, barres de fer d'Espagne ou d'Europe du Nord, indiennes nantaises ou angevines, toiles de Silésie, Saxe ou Westphalie, verrerie de Murano ou de Bohême, etc.
S'engager dans la marine négrière était une autre manière. A certaines époques, les équipages étaient très cosmopolites : les marins descendus des rives de la mer du Nord et de la Baltique côtoyaient leurs confrères du Sud : de Lisbonne, d'Espagne ou de Gênes.
L'Europe négrière fut donc une réalitétangible. Les navires et leurs équipages, les cargaisonset les capitaux provenaient des quatre coins du continent, secroisaient et s'échangeaient pour une même cause: le commerce des nègres à la côte d'Afrique.


La formation d'une expédition négrière est une affaire de longue haleine qui exige de son promoteur le don de la persuasion et le sens de l'organisation. L'armateur est le maître d'½uvre d'une entreprise qu'il contrôle de bout en bout - de la recherche des actionnaires à la répartition des bénéfices.
Sa première tâche est de réunir les fondsnécessaires à la constitution de la mise-hors- soit l'ensemble des sommes dépensées pour l'armementdu navire négrier : coque, gréement, câbles,ancres, cargaison, vivres, salaires, assurances. La longueur duvoyage et le coût élevé des marchandises entraînentun investissement rarement inférieur à 150'000 livrestandis qu'à tonnage égal, un simple aller-retourtransatlantique, dit en droiture, se contente souvent du tiers.C'est pourquoi l'armateur ne s'engage pas seul mais invite despartenaires ou intéressés à acquérirdes parts dont le montant varie de la moitié à desbroutilles de la mise-hors - 1/512e. Il peut accepter jusqu'àquinze ou vingt participations si le capital est important etl'actionnariat prudent. Tout le monde peut tenter sa chanceen fonction de ses moyens, du modeste épicier augrand banquier en passant par la veuve qui vit de ses rentes.Pour convaincre ces capitalistes (et ce ne sont pas les plus petitsqui sont les plus faciles à convaincre), l'armateur peutleur fournir un devis estimatif, généralement surévalué.Les bénéfices annoncés sont fastueux - de100 à 200 %. On peut en effet compter sur un gros et solidebateau, un bon capitaine, et beaucoup de beaux nègres.
L'étape financière franchie, il reste àréaliser le projet en s'efforçant de réduirela part du hasard. Le mieux est d'équiper un bâtimentneuf conçu pour la traite, mais si le navire est d'occasion,on s'occupe de le mettre aux normes négrières. Lecapitaine, qui est souvent apparenté à l'armateur,a carte blanche : il préside au recrutement de l'équipageet à la préparation du navire dont il est copropriétaire.L'armateur pendant ce temps rassemble la cargaison de traiteen contactant ses fournisseurs en France et à l'étranger.Le navire à quai et les hommes inscrits sur le rôled'armement, les marchandises envahissent l'entrepont et la calese remplit de barriques, de vivres, et de quantités d'ustensilesqui vont des fers à nègres aux matérielsde rechange. Le négrier est alors un bazar flottant qu'ilfaut assurer : en période de paix et selon la destination,la prime varie de 3 à 7 % environ, et de 35 à 50% en période de guerre - qui pouvait survenir inopinémentpendant l'expédition. L'habitude des assureurs étaitsouvent à l'extrême prudence, pour la navigationnégrière aussi bien que marchande. La tactique consistaità risquer de faibles sommes sur chaque navire et àmultiplier le nombre des engagements pour limiter les dégâtsen cas de coup dur. Les polices d'assurances pouvaient ainsi rassemblerplusieurs dizaines de personnes signant chacune pour des sommeslimitées à quelques milliers de livres.
Des mois ont été nécessaires pour formerune expédition négrière et lui donnerles moyens de réussir. Il en faudra plus encore pour quel'expédition ait lieu et fasse du profit.
 


Littéralement, un navire négrier est unnavire qui sert à déporter des nègres ; aussin'est-il véritablement négrier qu'à tempspartiel. Considérons la figure commode du triangle: le premier côté joint l'Afrique avec lesmarchandises de traite, le troisième côtéregagne l'Europe avec les denrées tropicales, seul le secondcôté qui relie l'Afrique à l'Amériquefait le plein de captifs noirs. La précision est importantecar elle explique en partie la conception du navire négrier: celui-ci peut être n'importe quel bâtiment puisqu'ilremplit une fonction marchande normale les deux tiers du parcours.Il lui faut simplement un volume de cale suffisant pour y serrerles innombrables futailles d'eau; une hauteur d'entrepont minimalepour y entasser les captifs; et la possibilité de construire,le temps de leur présence, des aménagements en planchespropres à les contenir.
Tout navire ferait donc l'affaire, quelques soient lataille, l'allure, le type de gréement, ou l'affectationhabituelle. Des embarcations n'excédant pas 50 tonneauxet 15 mètres de longueur ne craignent pas de franchir l'océansurchargées de Noirs. Les goélettes, les bricksde 200 tonneaux, les trois-mâts qui en font jusqu'au quintuple,sont mieux adaptés aux réalités du traficnégrier. La plupart de ces navires sont d'occasion et beaucoupont déjà été amortis par leurs sortiesprécédentes au grand cabotage ou au long cours.Le transport du cheptel humain étant réputéaccélérer le processus de dépréciationdu navire, l'armateur négrier n'investit pas facilementdans le neuf.
Une évolution concerne cependant de nombreuxbâtiments dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.Les chantiers navals produisent pour la traite des navires spécialiséset "taillés pour la marche" qui passent moinsde temps en mer. Il en résulte une mortalité réduiteet un bénéfice accru. Après la guerre d'Amérique(1783) et en dépit d'un surcoût à la construction,les coques des navires négriers sont doublées deplaques de cuivre qui améliorent le sillage du navire etles préservent de l'action des tarets (mollusques qui percentle bois aux mouillages africains). Par ailleurs, les gros naviresse multiplient, conjuguent parfois leurs efforts et donnent ainsiaux expéditions une ampleur nouvelle. Après 1815,les coques négrières qui voguent dans l'illégalitéparce que la traite est interdite voient leur forme s'affineret leur tonnage diminuer pour effectuer des rotations rapidesde six à neuf mois; il en fallait le double avant la Révolution.


Du milieu du XVIIe au milieu du XIXe siècle,la France métropolitaine fut à l'origined'au moins 4 220 expéditions négrières quiabordèrent aux rivages d'Afrique et d'Amérique.C'est de Nantes que partirent le plus grand nombre d'entreelles, soit 1 744 expéditions représentant 41,3% du total. Nantes est la capitale incontestée de latraite française et les autres villes négrièressont ses lointaines dauphines : on en relève dix-huit -neuf sur l'Atlantique, sept sur la Manche, deux sur la Méditerranée- qui s'impliquèrent dans la traite en fonction de leursmoyens ou de leurs ambitions. Bordeaux, La Rochelleet Le Havre totalisent 33,5 % des armements négrierset peuvent se prévaloir de quelques références.A La Rochelle, la primauté chronologique : en 1643,le voyage de l'Espérance est la premièreexpédition négrière officiellement reconnue.Au Havre, la longévité : en 1840, le Philanthropeest le dernier navire français formellement identifiéavec des captifs à bord. A Bordeaux, l'opiniâtreté: ses bâtiments négriers se comptaient sur les doigtsd'une main avant 1730 quand Nantes comptait les siens parcentaines, mais en 1802-1803, ils furent plus nombreux àdescendre la Gironde que leurs rivaux bretons la Loire.
Les quinze autres ports sont à des encabluresde ce quatuor de tête. Ils se répartissent en deuxsous-ensembles : Saint-Malo domine nettement un premier groupequi frôle les 15 % et comprend par ordre d'importance décroissante,Lorient, Honfleur et Marseille ; les onze ports du second groupesont des "gagne-petit" qui, à l'exception deDunkerque, ne franchissent pas la barre des vingt expéditionschacun, comme Rochefort, Bayonne ou Vannes, ou même desdix expéditions, comme Brest, Morlaix, Dieppe, Cherbourg,Saint-Brieuc, Marans et Sète. Il est certain qu'àla différence des précédents ces derniersports n'ont jamais eu de volonté négrière,si bien que leur présence dans cette liste n'a d'autrejustification que statistique : quand on recense à Morlaixdeux expéditions négrières en tout et pourtout et à Marans une seule, on peut attribuer aux circonstancesle fait qu'elles aient embarqué des Noirs à la côted'Afrique plutôt que de la gomme, de l'ivoire ou de la cire.
Clôturons cet inventaire portuaire en signalant lescolonies [Guyane, Antilles, Sénégal, Bourbonet Île-de-France (La Réunion et Maurice aujourd'hui)]qui eurent pour certaines d'entre elles une activité négrièreintense de la Révolution au premier tiers du XIXe siècle.
 


Un équipage négrier se caractérise d'abord par un effectif nombreux. Celui-ci est proportionné au tonnage du navire et au contingent de Noirs prévu par l'armateur. En moyenne, on prévoit un homme pour cinq ou six tonneaux de jauge et dix captifs. Si les équipages comportent de dix à soixante hommes par navire, la majorité d'entre eux en compte plus de trente. En effet, quand vingt marins suffisent à naviguer trois cents tonneaux en droiture vers les Antilles, il en faut au moins cinquante pour aller chercher des Noirs. Dans le contexte d'un voyage à haut risque, deux raisons expliquent ce surplus de main-d'½uvre. La première raison est l'hémorragie des hommes provoquée par les débarquements volontaires, les désertions, la maladie, la mort, surtout, qui frappe de 10 à 15 % de l'équipage. La seconde raison est contenue dans la double fonction du marin, man½uvrier et garde-chiourme. On comprend qu'il faille des gens pour compenser les défaillances, surveiller ou réprimer les captifs.
Un équipage négrier, c'est aussi un grouped'hommes que le capitaine voudrait unis mais que les aléasde la navigation dispersent. Il arrive rarement qu'un équipagesoit le même d'un bout à l'autre et cela peut nuireau bon déroulement de l'expédition : les remplaçantsembarqués aux escales ne sont pas toujours fiables. Audépart, le capitaine recrute lui-même son mondeen puisant d'abord dans son entourage professionnel et parental.La composition de l'équipage répond à desrègles auxquelles il ne peut déroger. Ainsi, lespostes principaux du bord fonctionnent par paires pour pallierles disparitions annoncées: au sein de l'Etat-major, unsecond assiste toujours le capitaine et il y a au moins deux lieutenants,deux enseignes et deux chirurgiens navigants. Il en va de mêmepour les officiers mariniers et non mariniers dont la compétenceet l'expérience sont essentielles : en tête, le maîtred'équipage qui a la haute main sur la cohorte des matelots,novices et autres mousses, pas tous mauvais garçons maisturbulents de nature; suivent les maîtres charpentier, tonnelier,voilier, armurier, des techniciens sûrs; enfin, le cuisinier-boulanger,dont l'éventuel talent n'avait que la table de l'État-majorpour s'exercer.
Mais c'est bien de la poigne du capitaine que dépendle sort de l'expédition. C'est un coriace dont la surviepersonnelle et la soif de réussite ignorent les étatsd'âme. Navigateur, commerçant et meneur d'hommes,sa polyvalence fait qu'il est habile, efficace et insensible.Cependant, il n'est pas en permanence la brute que son tristemétier laisse supposer : les Noirs étant son gagne-pain,moins il en perd, mieux vont ses affaires.

Au moment d'appareiller, le navire négrier abrite dans ses flancs un chargement coûteux, lourd et volumineux, scindé en deux parties : l'avitaillement et la cargaison d'échange.
L'avitaillement désigne l'ensemble des provisionsnécessaires à l'alimentation des marins et des captifs.Il est plus important que dans toute autre expédition puisqu'ilfaut nourrir beaucoup plus de monde pendant beaucoup plus de temps.On distingue les vivres de l'équipage des vivres pour lesnègres. Soumis aux obligations culinaires du long cours,les marins engloutissaient avec une monotonie décourageantedes tonnes de biscuits de mer, des salaisons de porc et de buf,des jambons, des fromages, des morues sèches ou vertes,des légumes secs, des lentilles, des céréales,du riz. Les captifs avaient encore moins de choix, si l'on peutdire : riz, fèves, gruau et biscuits revenaient invariablementleur caler l'estomac. A cette nourriture ô combien solides'ajoutaient des barriques de vin et des dizaines, des centainesde barriques d'eau arrimées dans la cale et surveilléesavec une vigilance extrême.
La cargaison d'échange est la cargaison de traite proprementdite. Sous réserve de différences liéesà l'évolution normale de la demande selon le sitede traite et l'époque, on retiendra trois constantes :la cargaison constitue en valeur plus de la moitié de lamise-hors, elle se compose des mêmes sortes de marchandiseset elle les répartit selon les mêmes proportions.C'est une idée reçue de croire que les traitantsafricains se satisfaisaient de babioles péjorativementappelées aujourd'hui pacotille. Cette catégoriequi comprenait des ciseaux, des cadenas, des miroirs..., ne représentaitqu'une faible part de la cargaison en valeur et en volume, souventmoins de 10 %. A l'inverse, les textiles, classés dansla catégorie des "grandes marchandises", valaientenviron 50 % de la cargaison. C'étaient surtout des cotonnadesimprimées aux noms teintés d'exotisme dont les plusconnues sont les "indiennes" décoréesde motifs géométriques ou floraux, anthropomorphesou paysagers. Les armes à feu, la poudre et les munitions,secondairement les armes blanches, constituent l'autre produitd'échange que tout capitaine se devait d'avoir sous peine"de manquer sa traite". Les alcools, eaux-de-vie etliqueurs, viennent après, suivis des métaux brutsou travaillés, fer, cuivre, étain. On échangeaitaussi les cauris, petits coquillages blancs venus des îlesMaldives, servant de monnaie aux Africains; ou encore le tabac.Une cargaison de traite était ainsi composée d'uneinfinité d'articles dont la variété et laqualité devaient répondre au goût des négriersnoirs.


S'il va de soi que tout navire négriergagnait l'Afrique, où allait-il précisément? Ce sont les instructions de l'armateur, les journaux de bordet de traite, les rôles de désarmement, la déclarationde retour du capitaine, qui nous l'apprennent. Or ces piècesmajeures manquent souvent dans les dépôts d'archives.Le chercheur peut se contenter de destinations vagues comme lacôte de Guinée qui désignait alors les côtesoccidentales de l'Afrique - faire le commerce de Guinéeou des nègres revenait au même. On identifie malgrétout les grandes zones négrières.
Au XVIe siècle, quand se tissaient les premiersliens commerciaux entre l'Europe et l'Afrique occidentale,le capitaine partait sans directives particulières de l'armateursinon celles de faire du profit. Il menait son navire àl'aventure sans bien savoir où aborder ni quelles marchandisestroquer. C'étaient souvent les circonstances qui décidaientdu choix des sites et du genre de traite. Le navire allait plutôtd'une rade foraine (non protégée des éléments)à l'autre et embarquait au gré de l'offre les ressourceslocales, végétales, minérales ou... humaines.Celles-ci finirent par nommer les lieux où on les trouvait: la côte des Graines, la côte de la Malaguette (variétéde poivre), le cap des Palmes, la côte de l'Or, la côtede l'Ivoire et la côte des Esclaves se succèdententre le 10e degré de latitude nord et l'équateur.Dès cette époque les navires descendaient plus basjusqu'au cap Lopez à l'embouchure de l'Ogooué auGabon. Ainsi la traite se fit très tôt sur unelongue façade littorale de plusieurs milliers de kilomètrescommençant en Mauritanie actuelle, se développant des rivières du Sud au delta du Niger, et se prolongeant de part et d'autre du fleuve Congo dans les pays de Loango et d'Angola. Des sites de traite fixes s'échelonnent le long de ces côtes, nombreux mais d'importance variable : sur la côte sénégambienne au nord, l'île de Gorée doit sa réputation à la Maison des Esclaves que l'on y visite et non au peu de captifs qui en partirent; les sites d'Elmina, Cape Coast, Anomabu, Accra, Ouidah, Porto-Novo, Bonny, Calabar sur le golfe de Guinée furent autrement productifs, de même qu'au sud de l'équateur les sites portugais de Loango, Malembo, Cabinda, Ambriz, Luanda, Benguela.
La compagnie des Indes supprimée en 1769, les naviresnégriers purent aller au-delà du cap de Bonne Espérance,sur la côte orientale de l'Afrique, à Mozambique,Kilwa, Ibo, Zanzibar, Quérimbe. Ces destinations furentde plus en plus prisées après 1783 quand le marchénégrier s'essouffla sur les côtes occidentales enraison de la concurrence, de la rareté et de la chertédes captifs. (La traite orientale se poursuivra jusqu'à l'orée du XXe siècle.)
Quelques soient leurs façons de traiter, les navires négriers disposaient donc d'une géographie négrière vaste et variée qui répondait parfaitement à leurs besoins.


Les navires négriers disposaient de plusieurs méthodes pour prendre des captifs à la côte africaine. Il fallait choisir la meilleure en fonction d'une conjoncture fluctuante : une longue file d'attente, la présence agacée de rivaux étrangers (souvent britanniques), un accueil hostile des chefs locaux, une pénurie de captifs, ou des prix extravagants. Autant d'imprévus qui obligeaient le capitaine à s'adapter.
La traite itinérante n'était pas la méthodela plus simple. Elle consistait à descendre le long dela côte, à mouiller dans les rades foraines quandil s'en présentait, ou à s'ancrer à l'entréedes rivières qui s'insinuaient à l'intérieurdes terres. A chaque fois, on devait disposer de la chaloupe,franchir la barre qui déferle dangereusement le long durivage, prendre langue avec les autorités locales, leuroffrir des présents, et s'entendre avec eux sur les délaisde livraison, le nombre et le prix des captifs. Cela pouvait dureret se répéter d'un site à l'autre. On conçoitque tout le monde en prenait ombrage : le bateau qui se dégradait;les captifs qui suffoquaient dans ses flancs surchauffés; les marins, que les fièvres emportaient. Des expéditionspouvaient languir des mois durant et il fallait alors s'inquiéterde la traversée future.
La brièveté du séjour africain étantle premier gage de la réussite, la traite fixe était ainsi la solution recommandable entre toutes et les instructions de l'armateur indiquaient sa préférence pour un seul site comme Bonny, au Calabar, dans le delta du Niger : il arrivait là des foules de captifs venus notamment du pays des Ibos, au nord. La rivière remontée jusqu'au comptoir de traite, le navire devient là négrier. Le charpentier aménage l'entrepont, débarrassé de sa cargaison de traite, en parc à nègres. On installe sur le pont la chaudière à gruau pour nourrir les captifs et une "maison" en planches et nattes de jonc qui recevra d'abord les dignitaires. Après les discussions et les cadeaux d'usage, leur roi, Pepel, donne son accord et la traite peut commencer. Une navette va pendant des semaines et au rythme de quelques individus par jour amener des captifs et ramener en échange les marchandises dont la correspondance est calculée ici en "barres" - en 1790, une négresse pouvait équivaloir à 65 barres soit sept pièces de tissus, trois fusils, cinq barils de poudre, cinq barres de fer, huit chapeaux et bonnets, des perles, quatre cadenas et deux couteaux. Le chirurgien vérifiait attentivement l'état physique des captifs qu'on préférait jeunes et de sexe masculin : les "pièces d'Inde". Lorsque le capitaine estimait en avoir une quantité suffisante, il mettait à la voile.
Les conditions de la traite fixe différaient selon les lieux, selon les interlocuteurs africains dont les usages et les goûts différaient, selon aussi les interlocuteurs européens installés dans les forts côtiers comme celui d'Elmina au Bénin actuel.

Sauf aux époques où les conditionsde la traite furent opaques (au XVIe siècle quand les naviresnégriers français louvoyaient dans l'interlope etau XIXe siècle dans l'illégalité pour fournirles colonies espagnoles comme Cuba ou Porto-Rico et danoises commeSaint-Thomas), les expéditions négrièresparties de France gagnèrent presque uniquement lescolonies françaises en vertu du système dit de l'Exclusifqui régissait les rapports entre les colonies et la métropole.Selon ce régime, les colonies sont au service de la métropole: tout ce qu'elles produisent doivent lui parvenir, tout ce dontelles ont besoin doivent en provenir, comme les esclaves. AuxXVIIe et XVIIIe siècles, les négriers françaisdéportèrent donc (et non transportèrent,la résonance ni la réalité ne sont les mêmes)leurs captifs dans les possessions françaises de l'Amériqued'abord et de l'océan Indien ensuite.
Outre-Atlantique, les Noirs furent débarquéssur la terre ferme à Cayenne, en Guyane, ou àLa Nouvelle-Orléans en Louisiane; dans les PetitesAntilles, à Saint-Christophe, à Saint-Barthélémy,à la Martinique, à la Guadeloupe...;dans les Grandes Antilles, à Saint-Domingue. C'estdans cette île, justement surnommée la "perledes Antilles" parce qu'elle représentait un tiersdu commerce extérieur français, qu'arrivèrentle plus grand nombre de Noirs jusqu'à ce qu'ils se révoltenten 1791 et prennent leur indépendance les armes àla main. Le déséquilibre de la sociétéportait en elle le germe de la Révolution : il devait yavoir alors quelque 500'000 esclaves, 30'000 libres de couleurqui n'avaient aucun droit politique, et 40'000 Blancs. La populationservile des autres possessions de l'Amérique étaitnumériquement bien moindre. En 1831, quand sonnele glas de la traite française, la Guadeloupe comptait97'000, la Martinique 86'000 et la Guyane 19'000, soit un total deux fois et demi inférieur au nombre des esclaves de Saint-Domingue quarante ans plus tôt.
Dans l'océan Indien, les Noirs qu'on allaitchercher sur la côte orientale de l'Afrique étaientdébarqués dans l'archipel des Mascareignes dontl'Île de France et l'île Bourbon,les "îles-surs", sont les deux principales composantes.C'est après la suppression de la Compagnies des Indesen 1769 que les armateurs de la métropole purent s'intéresserà ces destinations lointaines. L'Île de France, plusgrande, et offrant de bonnes installations portuaires (Port-Louis),eut la préférence des navires négriers quis'y rendirent en grand nombre de 1783 à sa conquêtepar les Anglais en 1810. Bourbon prendrait le relais jusqu'en1831 - date à laquelle l'île vit sa population servileportée à son plus haut niveau avec 70'000 esclaves.

La traversée de l'océan étaitpour les Noirs l'épreuve absolue et dire qu'elle étaitmal vécue est un euphémisme. Sur l'échellede la terreur, il y eut certes des degrés, mais aucunecargaison vivante n'a pu échapper à l'horreur decet univers concentrationnaire avant l'heure. Déracinés de leur continent, les Noirs connaissent, après l'angoisse de la séparation et de la captivité à terre, une situation aussi nouvelle que traumatisante : nus, entravés, examinés, palpés, marqués au fer à l'embarquement comme s'ils étaient du bétail, les captifs noirs découvrent brutalement leur prison flottante et ses geôliers blancs assimilés à des mangeurs de chair humaine. Des tentatives désespérées de fuite par-dessus bord s'ensuivaient qui obligeaient les bâtiments négriers à l'ancre à s'entourer de filets de protection.
Les captifs étaient parqués dans l'entrepont libre de sa cargaison de traite. Lorsqu'une hauteur de 1,80 mètre le permettait, le charpentier le divisait sur toute sa longueur par un plancher installé à mi-niveau qui doublait sa capacité. Dans le sens de la largeur une cloison maintenait les hommes dans les deux tiers avant de l'entrepont, les femmes occupant le tiers arrière. Dans une quasi obscurité, allongés sur le côté à même le bois, parfois tête-bêche, les captifs ne pouvaient se tenir debout ni se mouvoir dans un espace calculé pour contenir trois à quatre individus par mètre carré.
Le navire parti, il reste à subir l'impensable pourdes terriens ignorants de la chose maritime comme de leur sort.L'entassement déjà insupportable se transforme enune promiscuité humide et nauséeuse quand le malde mer et le mauvais temps s'en mêlent : l'eau s'engouffredans l'entrepont par les écoutilles, les vomissures, lesdéjections qui débordent des baquets souillent,empuantissent tout, et font prospérer les maladies queles carences alimentaires, le manque d'hygiène ou la claustrationavaient déjà installées : ophtalmies, dysenteries,affections pulmonaires, fièvres, vérole, scorbut.Des captifs finissaient pas perdre la raison, d'autres refusaient de se nourrir, la médecine du bord était inopérante et le chirurgien n'était pas le dernier à mourir. Au mieux "parfumait-on" l'atmosphère avec des vapeurs de vinaigre et le jour faisait-on monter les Noirs sur le pont pour s'aérer et délasser leurs corps meurtris. Cela ne diminuait guère la mortalité dont le taux variait de 10 à 20 % en moyenne ou beaucoup plus quand les Noirs n'en pouvant plus se révoltaient. Dans un combat inégal, la répression pouvait faire des dizaines de victimes, fusillées à bout portant, sabrées, ou balancées à la mer.
Une traversée rapide de quelques semaines était finalement ce que les captifs auraient pu considérer comme un moindre mal. Mais à ce bonheur tout relatif succédaitbientôt leur mise en esclavage.

L'ère négrière du XVe au XVIIIe siècle

1441
Des navigateurs portugais ramènent les premiers esclaves nègres au Portugal : cette date est considérée comme marquant le début de la traite négrière atlantique organisée par l'Europe.
1492
Christophe Colomb découvre l'Amérique.
1518
Charles-Quint autorise la traite et l'esclavage.
1594
Forte présomption d'une expédition négrière rochelaise : l'Espérance va au Gabon puis au Brésil.
1626
Autorisation accordée pour déporter quarante esclaves nègres à l'île de Saint-Christophe, première colonie française outre-mer.
1642
Louis XIII autorise la traite.
1643
Première expédition négrière française officiellement reconnue : l'Espérance de La Rochelle revient de Saint-Christophe.
1670
Colbert accorde la liberté du commerce avec les îles.
1672
Première expédition négrière de Bordeaux : le Saint-Étienne-de-Paris.
1674
Liquidation de la Compagnie des Indes occidentales.
1688
Première expédition négrière nantaise : la Paix.
1688
Première expédition négrière de Saint-Malo : le Pont-d'Or.
1716
Permission royale accordée à Rouen, La Rochelle, Bordeaux et Nantes, de « faire librement le commerce des nègres ».
1738
Déclaration royale limitant le séjour des esclaves noirs en France à trois années.
1749
Année négrière française la plus productive : quarante-quatre expéditions quittent Nantes pour l'Afrique.
1768
Exemption du droit de 10 livres par tête de nègre introduit aux colonies par les négriers de Bordeaux, après ceux de Saint-Malo, Le Havre, Honfleur.
1777
La Déclaration du roi pour la Police des Noirs interdit à toute personne de couleur d'entrer en France. Reprise en 1802.
1778
Interdiction des mariages mixtes en France.
1783
Orientation de la traite française vers l'océan Indien.
1784
Prime de 40 livres par tonneau de jauge expédié à la traite.
1787
Création en Angleterre de la Société pour l'abolition de la traite.
1788
Création en France de la Société des Amis des Noirs.
1791
Déclenchement de l'insurrection des esclaves à Saint-Domingue.
1792
Dernière année de la traite en France au XVIIIe siècle.
1793
Abolition de l'esclavage à Saint-Domingue. Suppression par la Convention des primes pour la traite.
1794
La Convention abolit l'esclavage dans les colonies françaises. Continuation de la traite à l'île Bourbon et à l'Île de France.
1802
Bonaparte rétablit l'esclavage dans les colonies françaises.Expédition de Leclerc à Saint-Domingue.
1803
Mort de Toussaint Louverture au Fort de Joux.
1804
Proclamation de l'indépendance d'Haïti.
1810
Prise de l'Île de France par les Anglais.

L'ère abolitionniste au XIXe siècle

1803
Le Danemark abolit la traite.
1807
La Grande-Bretagne et les États-Unis abolissent la traite.
1815
Pendant les Cent-Jours, Napoléon décrète l'abolition de la traite. Congrès de Vienne : interdiction officielle de la traite.
1817
Louis XVIII signe une ordonnance interdisant la traite en France. Démarrage de la traite illégale jusqu'en 1830 au moins.
1820
Établissement de croisières de répression à la côte d'Afrique.
1829
Début de l'immigration indienne vers les colonies françaises.
1830
Dernière expédition négrière nantaise reconnue comme telle : la Virginie.
1831
Troisième et dernière loi abolitionniste française.
1833
La Grande-Bretagne abolit l'esclavage dans toutes ses colonies.
1839
Le pape Grégoire XVI condamne officiellement la traite négrière.
1848
La France abolit l'esclavage dans toutes ses colonies.
1849
Dernier navire négrier français soupçonnable : le Tourville débarquerait des Noirs au Brésil.
1863
L'esclavage est aboli dans les colonies hollandaises de Surinam et Curaçao ;
1865
dans tous les États-Unis ;
1886
à Cuba ;
1888
au Brésil.

Il était aussi avantageux de ventiler les captifsen un seul site de vente que de les avoir réunis enun seul site de traite. Mais pour des raisons identiques (et inversées),le capitaine échouait parfois à écouler latotalité de sa cargaison au même endroit - quandil lui fallait subir la concurrence de nombreux bateaux prioritaireset la chute des cours qui résultait de cette offre pléthorique; quand les Noirs proposés indisposaient parce que leurnation d'origine était méconnue ou avait mauvaisepresse auprès des planteurs locaux - la préférenceallait naturellement aux nègres réputés docileset travailleurs plutôt qu'aux nègres fantasques ouindolents ; ou enfin quand l'instabilité de la conjonctureéconomique ou politique rendait les acheteurs potentielsinsolvables. C'est ainsi que l'on voit des bâtiments négrierserrer d'un port à l'autre des Antilles et en repartir,soit en n'ayant rien vendu, soit en ayant débarquéune partie de leurs Noirs à terre. Cette espècede cabotage négrier n'était pas du goût desNoirs qui prolongeaient leur séjour à bord, ni ducapitaine qui s'émouvait du temps perdu.
La meilleure méthode était donc de se rendrelà où l'on vous attendait. Généralement,l'armateur avait pris contact avec une maison de consignationinstallée à Cayenne, Port-au-Prince,Fort-Royal ou Pointe-à-Pitre, et l'avaitchargée de vendre les captifs, de conserve avec le capitaineou son agent commercial à bord appelé le "subrécargue".Lorsque par contrat ou attache familiale, cette maison étaitalliée, le déroulement des opérations n'enétait que plus limpide.
Il fallait respecter deux impératifs pour écoulerla cargaison humaine dans des conditions satisfaisantes. D'abord,la "rafraîchir" pour redonner aux captifs épuisésune apparence extérieure de bon aloi - en les envoyantse requinquer à terre, en améliorant l'ordinairede fruits et de légumes frais, ou en maquillant les invendablesque la traversée avait estropiés ou rendus fous.Ensuite, procéder à une vente rapide. Celle-ciétait publiquement affichée ou annoncée dansles gazettes locales. On précisait où et quand,qui et combien. Selon la formule de la vente, les acquéreursse précipitaient pour enlever les plus belles piècesaux autres clients, ou devaient se plier à la règledes enchères. Les prix des captifs dépendaient deleur qualité intrinsèque, de leur âge et deleur sexe : un négrillon, une négresse, valaientmoins qu'un beau nègre qui représentait une forcede travail, pensait-on, supérieure et immédiatementproductive. Les prix variaient aussi selon l'offre et la demande.Le marché était parfois saturé et les courschutaient. (Les colons, jamais rassasiés de captifs, nepouvaient pas toujours les absorber; les négriers anglaisen introduisirent beaucoup en fraude ou pendant les périodesde guerre où ils furent maîtres des possessions françaises.)A l'époque de la Révolution française,il en coûtait aux colons entre 1'500 et 2'500 livres environpar individu - cet argent, dit des colonies, étant supérieurd'un tiers à l'argent de France.
La vente pouvait durer plusieurs semaines. Il restaittoujours des captifs dont personne ne voulait parce que leur aspect,leur état de santé, ou leur âge rebutaient.Le vendeur s'ingéniait alors à les insérerdans des lots pour lesquels il consentait des ristournes avantageuses.
Le règlement des captifs s'effectuait, une partieau comptant, une grande partie à crédit sur six,douze, dix-huit mois ou plus. L'acheteur s'acquittait avec despièces d'argent, des piastres espagnoles, mais essentiellementavec des denrées du cru, sucre brut ou terré (raffiné),tabac, café, indigo, ou coton. Il arrivait fréquemmentqu'un représentant de l'armement, capitaine ou subrécargue,restât dans la colonie pour veiller au recouvrement descréances. La confiance était mesurée enversdes colons qui ne payaient pas souvent rubis sur l'ongle. Maisce n'était pas le problème des captifs. Entreles mains de leurs nouveaux maîtres, ils étaientdésormais des esclaves.
 

Les Noirs arrivés d'Afrique et désignéssous le terme de "bossales" rejoignaient "l'habitation"du maître qui les avait achetés. (L'habitation désignel'ensemble des bâtiments et des terres plantées ensucre ou en café : elle pouvait réunir sur plusieurscentaines d'hectares autant d'esclaves nègres.) Les nouveauxvenus n'étaient pas immédiatement intégrésaux anciens dont la moitié étaient nés surplace (les créoles) : ils étaient logés àpart pendant plusieurs mois avant de venir s'installer dans l'undes villages d'esclaves.
Il y avait en effet deux villages qui correspondaientaux deux catégories principales d'esclaves. Prèsde la maison du maître ou Grand Case se tiennent les casesdes privilégiés ou domestiques et nègresà "talents" (ouvriers qualifiés, sucriers,tonneliers, charrons, ou postillons) avec qui les nouveaux n'avaientrien à faire. Près de la case du "commandeur",celui qui dirige les esclaves, sont alignées les casesdes nègres dits de culture ou de jardin, et constituent"l'atelier". Ces nègres sont les plus nombreux.On y recense beaucoup de femmes et on y accueille les bossales.
Les esclaves finissent de perdre là leur identitéd'origine. Ils se retrouvent avec des Africains originairesd'autres "nations" très éloignéesles unes des autres et dont ils ne comprennent pas la langue,des Mandingues du Sénégal aux Congos en passantpar les Ibos du Nigeria actuel. On les affuble au mieux d'un prénomou d'un diminutif, au pire d'un surnom inconnu du calendrier dessaints dont ils auraient dû se rapprocher par le baptême: Monte-Au-Ciel, La Fortune, Bacchus, Adonis ou Azor.
Leur vie quotidienne n'est pas une sinécure.Les esclaves logent dans des cases en bois et torchis presquevides et se nourrissent sans fantaisie : ignames, bananes, patateset riz reviennent inlassablement. Comme reviennent inlassablementles épuisantes journées de travail commencéestôt et finies tard, juste entrecoupées de quelquespauses. Il n'y a pas de temps mort dans la vie d'une plantation: coupe de la canne et broyage au moulin, charrois, préparationde la terre et plantation, construction, entretien et réparationcontinuels d'ouvrages divers. Libérés quelques instantsde ces travaux, les esclaves se consacrent ensemble aux culturesvivrières et individuellement à biner le lopin deterre qui leur est alloué. Il leur restait le dimanchepour se reposer, et la danse, ou le vaudou la nuit, pour se défouler.
La vie en esclavage était courte, pas plus dedix années en moyenne : les occasions de mourir ne manquaientpas, entre les excès de travail, les punitions, les carencesvitaminiques, les épidémies. Les survivants nègresseptuagénaires ou bancals vivotaient. De tout ça,le maître n'avait cure. Une vie d'esclave n'étaitrien. Grâce à la traite, il pouvait la remplacerpar dix autres. Et puis, un esclave n'était pas vraimentun homme, qu'on détaillait dans les inventaires avec lesbêtes à cornes, qu'on achetait, revendait, ou châtiaitsans aucune considération. Le Code noir lui avaitbien accordé l'humanité, mais celle-ci étaitseulement morale et religieuse. La raison économique l'emportaitet ne permettait pas qu'un esclave fût autre chose qu'unobjet, qui revendiquait pourtant son statut d'homme et le faisaitsavoir.

Les esclaves refusaient souvent leur condition et multipliaientles formes de résistance. La plus courante étaitla résistance passive qui consistait à mettre dela mauvaise volonté dans l'obéissance aux ordreset dans l'exécution du travail. Plus radicalement, desmères avortaient ou tuaient leurs nouveau-nés pourne pas perpétuer leur statut "honteux", des esclavesse suicidaient, d'autres, qui se livraient souvent à lapratique du vaudou, empoisonnaient les leurs. Des milliersd'esclaves disparurent ainsi.
La fuite ou "marronnage" fut un puissantmode de résistance que les nègres adoptèrenttrès tôt. Après avoir abandonné l'atelierou la culture, ils fuyaient se cacher au loin ou dans les bois.En "partant marron" (de l'espagnol cimarron, sauvage),les esclaves faisaient preuve d'une insoumission d'inégalegravité : le "grand marronnage" étaitune désertion qui se voulait définitive par oppositionau "petit marronnage" qui n'était qu'unabsentéisme de quelques jours. Les départs étaientle plus souvent affaire individuelle et masculine, quelque soitl'âge ou l'appartenance ethnique. Si le petit marronnageétait dû à une humeur passagère, ladureté des traitements, le manque de nourriture ou un trop-pleinde fatigue expliquaient plutôt le grand marronnage.
Réfugiés dans les lieux inaccessibles ou leshauteurs comme les "mornes" à Saint-Domingue,les fugitifs pouvaient se regrouper pour vivre de troc et dechapardage ou se constituer en bandes vivant du pillage des plantations.Certains louaient leurs services dans d'autres habitations ouen ville comme travailleurs libres.
Revenus d'eux-mêmes ou bien repris, les nègres"marrons" étaient soumis à la justicedu roi ou à celle du maître. La nature de la punitiondépendait de la durée du marronnage, d'une récidiveéventuelle, de la gravité des exactions commises,des conditions de la réintégration, ou du bon vouloirdes magistrats ou des propriétaires. Les châtimentsallaient des coups de fouet aux supplices et à la peinede mort.
Que ces diverses formes de résistance aient étéun simple refus des conditions d'asservissement ou déjàune lutte contre l'esclavage et pour la liberté, il estsûr qu'elles ont gravement perturbé le fonctionnementdu système et préparé les situations insurrectionnellesde la Révolution dont celle de Saint-Domingueest le meilleur exemple.
En août 1791, le baril de poudre que constituaitla Grande Île explosa. Les Noirs - majoritaires àquinze contre un - se soulevèrent contre des Blancsopposés à l'application de tout principe égalitaire.Saint-Domingue fut alors emportée par un maelströmqui n'épargna rien : les habitations furent pilléeset incendiées, les colons massacrés; ceux qui enréchappèrent fuirent dans la précipitation,laissant l'île aux mains d'une armée indigènecommandée par plusieurs chefs au premier rang desquelsToussaint Louverture. Parvenu au pouvoir, Bonapartevoulut rétablir l'autorité de la Républiquesur Saint-Domingue, mais Toussaint Louverture qui s'étaitproclamé gouverneur général à viene l'entendit pas de cette oreille et rompit avec lui. En février1802, un corps expéditionnaire placé sous lesordres du général Leclerc, beau-frère duPremier consul, débarqua dans l'île pour faire rentrercelle-ci dans le giron colonial. Toussaint Louverture, arrêtéen juin 1802 et ramené en France avec sa famille, mourutau Fort de Joux près de Besançon en 1803. Celan'empêcha pas l'expédition militaire - déciméepar la fièvre jaune et le paludisme - d'être un cuisantéchec et Saint-Domingue de devenir Haïti le 1erjanvier 1804. La France perdait définitivement ce quiavait constitué le fleuron de son empire colonial - parla loi du 30 avril 1826, l'Etat indemnisera en partie lesanciens colons des pertes qu'ils avaient subies.


Pour le retour, le navire négrier retrouvaitsa configuration marchande de l'aller. De même que lesNoirs avaient pris la place des marchandises de traite àla côte d'Afrique, les denrées tropicales les remplaçaientsur les sites de vente. Les aménagements que la cargaisonhumaine avait nécessités étaient démontéset le bâtiment remis en état. Après plusieursmois en mer et des coups de tabac d'autant plus dévastateursque le navire était vétuste, on radoubait quandla coque avait trop souffert ou on parait au plus presséen bouchant les trous et en réparant le gréement.La fatigue du navire était parfois telle qu'il étaitcondamné ou vendu sur place. Mais la plupart du tempsil repartait pour une dernière traversée sans histoire.
A l'instant d'appareiller, l'équipage différaitfort de celui du départ. Il manquait à l'appel lesmalades, les matelots que l'attrait des îles avait faitdéserter, et tous les marins décédés.Cela faisait de nombreux vides comblés par les remplaçants- nombreux étrangers et déserteurs attiréspar les soldes élevées que suscitait une offre supérieureà la demande. Le capitaine lui-même n'étaitsouvent que le second du titulaire resté dans la coloniegérer les affaires du navire. Mais la transmission du commandements'opérait d'autant mieux que les principales difficultésde l'expédition étaient passées; il suffisaitd'un capitaine simplement navigateur.
Pour précieux qu'ils fussent, les caisses de sucre,les sacs de café, les billes d'acajou et les balles decoton, n'avaient pas le caractère subversif des captifsqui les avaient précédés dans l'entrepont.
La navigation est rapide. Un franchissement de quelquessemaines. Les pertes matérielles et humaines sont rares.Des marins arrivent pourtant à mourir le dernier jour etdes bâtiments à périr à quelques lieuesnautiques du but. Il est plus fréquent que l'action destempêtes sur des navires à bout de souffle gâtela cargaison mal protégée. On le sait par les déclarationsd'avaries et le chipotage des assureurs.
Après l'intervention des services sanitaires et douaniers,le capitaine fait désarmer son navire, libérer l'équipageet décharger la cargaison. Lorsque le tirant d'eau du négrierne permet pas de remonter jusqu'au port d'attache, la cargaisonest transbordée sur des gabarres à fond plat. C'estainsi que les navires de Nantes procédaient en arrivantà Paimbuf - son avant-port situé sur la rive sudde la Loire. Enfin parvenus à quai, les produitstropicaux étaient mis au sec dans les entrepôts del'armateur qui reprenait là un rôle interrompu depuisle départ de l'expédition.
L'armateur commence par écrire à tous les actionnairespour les prévenir de l'heureuse arrivée et mettrefin aux nuits éveillées des plus financièrementvulnérables : avoir ses économies à bordd'un négrier n'est pas de tout repos. L'armateur met ensuiteses commis à la comptabilité : ceux-ci alignentdes colonnes de chiffres et tirent un premier bilan de l'expédition.Maintenant il faut vendre ce premier arrivage et attendre lessuivants puisque le négrier a ramené une partieseulement de ce que les Noirs ont rapporté. Le sucre brutest raffiné sur place, à Nantes ou à Bordeaux,et réexpédié en France et dans toute l'Europe.
Il faut attendre parfois de nombreuses années pourque tout soit rentré au port : ce sont les "queuesde retour". C'est alors seulement que l'opérationnégrière est terminée et que l'armateur peutdire combien l'expédition a rapporté ou coûtéaux actionnaires






Cette question essentielle est l'une de celles àlaquelle il est le plus difficile de répondre avec précision.L'idée court dans l'opinion que la traite des Noirsétait une source d'enrichissement sans égale pourceux qui s'y livraient, un Pactole en quelque sorte qui coulaità flots : les armateurs menaient grand train, le roi reconnaissantles gratifiait d'une particule, et les capitaines portaient beau.On abonderait dans ce sens en donnant quelques noms de naviresnégriers particulièrement révélateurs: le Pactole justement, la Loterie,la Roue-de-la-Fortune ou le Pont-d'Or.
Il est notoire qu'en France aux XVIIIe et XIXe siècles, on s'est enrichi grâce à la traite. De bellesfortunes ont été bâties sur le dos des nègreset la pierre de somptueux hôtels particuliers en garde encorela trace à Bordeaux et à Nantes, dans l'îleFeydeau ou sur la Fosse. Si la traite a continué longtempsaprès qu'on l'eût interdite, c'est que les négriersy trouvaient leur intérêt, sans quoi ils n'auraientpas persévéré comme ils l'ont fait. La philanthropien'étant pas la vertu première des trafiquants négriers,quoi qu'ils en disent, on n'imagine pas d'autre raison àla poursuite de leur activité - même résiduelle- jusqu'au milieu du XIXe siècle. La traite des Noirsa bel et bien rapporté de l'argent à ceux qui l'ontpratiquée. La question est de savoir combien.
Après avoir été largement surestimés,les profits négriers sont actuellement revus àla baisse, sans doute même un peu trop. De nombreuxhistoriens s'accordent sur des bénéfices moyensde l'ordre de 6 à 7% par an, c'est-à-dire guèreplus que des placements tranquilles de père de familleà 5% chez les notaires. Ce taux moyen ne rend évidemmentpas compte d'un éventail très large allant d'unéchec retentissant à une réussite exemplaire,de 50% de perte à 50% de gain. Pour un grand nombred'armateurs candidats à la traite, la notion de risquefaisait partie du voyage : une expédition à la côte d'Afrique s'apparentait à un coup de dé dont on attendait le meilleur comme le pire. On tentait sa chance et souvent on ne recommençait plus : ainsi à Bordeaux, 56% des maisons d'armement ont expédié une seule fois à la traite. Quelques familles cependant se sont illustrées dans la traite négrière en additionnant des dizaines d'expéditions et des millions de livres de profits, comme Michel et Grou à Nantes, Begouën-Demeaux au Havre, ou encore la dynastie des Nairac dont Pierre-Paul et Élisée à Bordeaux et Jean-Baptiste à La Rochelle furent les plus actifs. Grâce à l'argent de la traite, Pierre-Paul Nairac put, en 1775, se faire construire au c½ur de Bordeaux un hôtel qui lui coûta la bagatelle de 233'000 livres et à Elisée d'acquérir à Barsac un domaine viticole sur lequel il fit édifier le château qui porte aujourd'hui son nom.
Ces acteurs principaux n'étaient pas les seuls àtirer des avantages pécuniaires de la traite, une multituded'acteurs secondaires, de corporations, en bénéficiaientindirectement. Lors des discussions portant sur l'avenir de latraite, les tenants du système insistaient sur le faitque des millions de personnes en France vivaient du commercenégrier et souffriraient grandement de sa disparition: en premier lieu les marins, en second lieu, les ouvriers deschantiers navals, des industries métallurgiques et textiles,des raffineries, les artisans, les boutiquiers, les couturières,les aubergistes, les viticulteurs, leurs femmes et leurs enfants.Cela faisait du monde. Il n'est pas question pour cette population,qui dans sa majorité n'avait pas conscience de collaborerà l'activité négrière, de parler d'unequelconque fortune liée à la traite. Gens de peu,leurs revenus ou leurs salaires étaient le plus souventmisérables et n'avaient rien à voir avec les sommesbrassées par les gros armateurs.
Enfin la fortune négrière n'est pas qu'individuelle,elle est aussi collective. L'accumulation des capitauxissus de la traite et de l'exploitation des esclaves dans lescolonies a favorisé la croissance économique del'Angleterre ou de la France. Nul doute que l'enrichissementdes Européens doit beaucoup à l'asservissement desAfricains. Ces derniers demanderaient et obtiendraient réparation,même après si longtemps, que cela ne serait que justice.

Un fantasme hante de nombreux esprits et il a la vie dure.On entend dire à Nantes ou à Bordeaux que les cargaisonsd'esclaves étaient vendues dans ces villes et que les Noirsse retrouvaient enchaînés dans les caves des hôtelsnégriers - les murs suintant encore de leur souffrance.Il n'en est rien : aucun navire négrier n'a jamais débarquéde captifs en métropole pour la raison qu'ils n'étaientpas nécessaires et encore moins souhaités par lesautorités.
Ce n'est pas dire qu'il n'y eut pas de Noirs en France: on en vit même passer des dizaines de milliers au XVIIIesiècle, des libres et des esclaves. Seulement, ils ne venaientpas directement d'Afrique mais avaient transité par lescolonies. Noirs de pure souche africaine, mulâtres ou créoles,c'étaient le plus souvent de jeunes garçons queles capitaines, les armateurs ou les colons, ramenaient en Francepour les avoir à leur service ou leur faire acquérirune technique qui en fasse de meilleurs domestiques, cuisiniersou perruquiers. Devant la fréquence de ces arrivées,l'Etat craignit que les esclaves ne soient affranchis en tropgrand nombre ou ne contractent en France des habitudes et un espritd'indépendance qu'ils ne manqueraient pas de répandreà leur retour aux îles. En 1738, l'Etat pritdes mesures drastiques : 1/ Les esclaves ne pouvaient plusprétendre à la liberté du fait de leur présencedans le royaume - ce que permettait un Edit de 1315 quistipulait que tout esclave touchant le sol français devenaitautomatiquement libre ; 2/ Le séjour des esclavesétait limité à trois ans - le temps qu'ilsapprennent un métier. Passé ce délai, lesmaîtres perdaient la caution de mille livres désormaisversée pour chaque esclave débarqué en France.Ces mesures ne furent pas appliquées avec la rigueur voulueet le nombre des Noirs ne diminua pas.
En 1777, l'Etat frappa un grand coup en refusant totalementl'accès de son territoire aux hommes et aux femmes de couleur,mais les injonctions de cette Déclaration du roi pourla Police des Noirs ne furent pas plus suivies que les précédentes.En 1778, l'Etat interdisait les mariages mixtes.
La Révolution mit fin à ce processus deségrégation commencé sous Louis XIV. En1791, elle accorda la liberté et la citoyennetéà tout homme demeurant en France quelque soit la couleurde sa peau, et en 1794 elle rendit la liberté àtous les esclaves, mais ce n'était que provisoire.

A l'époque des barrières confessionnelles,la traite négrière s'effectua dans un cuménismerare. Les communautés chrétienne et israélite,à proportion de leur importance, ont toutes contribuéà la déportation des captifs, et il leur estarrivé plus d'une fois de s'agréger à unemême expédition, notamment à Bordeaux : l'armateurou le financier peut être catholique ou juif, le capitaineprotestant.
Les laïcs ne faisaient que suivre la ligne adoptéepar leurs dignitaires, notamment catholiques. Dans la premièremoitié du XVIe siècle, un prêtre et dominicainespagnol, Bartolomé de Las Casas, avait préconisél'utilisation des esclaves noirs pour remplacer les Indiens dontil était l'ardent défenseur. L'esclavage, que lesEcritures Saintes ne condamnaient pas, était alors choseadmise; aussi les expéditions négrières sefirent-elles avec la bénédiction des Eglises.
On donna aux navires négriers des noms issus de laBible (Abraham, David, Salomon) ou des Évangiles (Pierre,Luc, Jacques, Paul, Jean, André, Philippe). Le Saint-Esprit,Saint-Joseph, Sainte-Anne, et Saint-Jean-Baptiste eurent du succès.Il est vrai qu'à bord, un aumônier était censéreprendre auprès des Noirs la même fonction baptismale.Mais on en vit peu, ou de piètre mérite. Les négriersse recommandaient aux apôtres et à tous les sainteset saints, d'Antoine de Padoue à Charles Borromée.Quant aux registres de traite, leur première page pouvaits'ouvrir sur cette formule bellement calligraphiée et pieuse: "Au nom de Dieu".
On ne trouvait rien à redire à la pratiquede la traite et de l'esclavage tant qu'elle s'exerçaitsur les Noirs. Mais il en allait autrement quand les Blancsse retrouvaient aux mains des barbaresques ou de peuples africainsscandaleusement inaptes au moindre sentiment d'humanité.Les âmes charitables se mobilisaient alors derrièredes ordres religieux, tel celui de Notre Dame de la Merci àBordeaux, qui ne ménageaient pas leur peine pour fairelibérer les captifs chrétiens. On voit par làque la position de l'Eglise sur le sujet n'était pas franche.
Lorsque l'heure fut venue de dénoncer ces usages obsolèteset criminels, la hiérarchie apostolique et romaine se fitprier avant de dire qu'il était mal de faire la traite.En 1770, l'abbé Raynal publia contre la pratique négrièremais ses écrits furent jugés séditieux etcondamnés par les siens. A la Révolution française,l'abbé Grégoire, évêquede Blois, s'engagea dans une longue lutte pour les droits desJuifs et des Noirs et s'attira la "haine sacerdotale"jusqu'à la fin de sa vie en 1831.
Fondée en 1821, c'est la Société dela morale chrétienne de tendance protestante qui fut,sous l'égide du duc de Broglie, à la pointe du combatabolitionniste. Les catholiques attendaient-ils qu'on les y invited'en haut ? Ce fut fait en 1839 - quand tout étaitdit, et à la suite d'une démarche du gouvernementanglais (!). Le pape Grégoire XVI condamna "uncommerce inhumain, inique, pernicieux, dégradant, qui [devait]complètement disparaître entre Chrétiens",mais cela faisait belle lurette que les Quakers, par exemple,en étaient convaincus et l'avaient officiellement proclamé.
 


Après s'être émerveillés de l'inventionde nouveaux mondes, les Européens éprouvent vitedes tentations dominatrices. L'exploitation remplace l'explorationet l'aliénation de l'autre succède à sa découverte.C'est ainsi que se forge la légitimité de latraite des Noirs et de l'esclavage. Le raisonnement est d'une logique sans faille : la prospérité de la France est étroitement liée à la prospérité des colonies qui est elle-même entièrement dépendante de l'arrivée régulière et massive d'une main-d'½uvre servile. Donc, la traite négrière estune nécessité vitale.
Montesquieu lui-même reconnaît dans l'Espritdes Lois que le commerce avec les colonies étaitprofitable à la métropole et que "la navigationavec l'Afrique [était] nécessaire ; elle fournissaitdes hommes pour le travail des mines et des terres de l'Amérique".Comme il n'est pas aisé d'être à la fois philosopheet soucieux de l'enrichissement de son pays, on constate que cetargument économique est déterminant dans la justificationde la traite des Noirs. Les négociants et les marinsvoient dans ce trafic le point fondamental de tous les commerces: "L'Europe entière y contribue, en subsiste, soitpar voie directe ou indirecte", écrit en 1790, RenéButton, un capitaine négrier originaire de l'îlede Ré. Favoriser la traite, c'est enrichir les ports dela métropole, leur arrière-pays, la France toutentière. La freiner, c'est perdre les colonies et en subirles conséquences en cascade car faute de productions coloniales,le trafic maritime et l'activité industrielle seront amoindris,insistait dès 1734, Jean-Français Melon,ami de Montesquieu et économiste de renom. La traitecontribue au rayonnement du commerce, de la marine,de l'agriculture et des arts.
La traite négrière est aussi une institutionhonorable. Les négriers achètent des esclavesnoirs en toute bonne foi et pensent agir humainement. A la findu XVIIe siècle, un théologien de la Sorbonne, Fromageau,affirme dans le Dictionnaire des cas de conscience qu'onpeut acheter des Nègres qui sont "esclaves àjuste titre", c'est-à-dire qui sont légalementesclaves selon le droit des gens : "On pourrait mêmesans aucun examen les acheter si c'était pour les convertiret leur rendre la liberté".
La traite négrière est enfin un service renduaux Noirs. On lit couramment que les Noirs vivent dans descontrées obscures perpétuellement en guerre, sansreligion ni morale, mais dans une misère abjecte, parmides peuples sauvages dénués d'intelligence, soumisà la violence extrême des rois qui les chassent,les tuent, les mangent. Voilà que les Blancs donnent auxrois l'occasion de les vendre. Il s'ensuit que les négriersqui achètent des captifs les délivrent de la mortet font acte de bonté. Le trafic négrier fait passerles Africains d'"une servitude barbare" à "uneservitude humaine", écrit le capitaine Button,qui, à cette occasion, se targue de philanthropie. C'estque l'avantage retiré par les esclaves est incontestable,ajoute-t-il; arrivés aux colonies, les Noirs "se voientressusciter parmi leurs semblables, qui sont pour eux des êtresmerveilleux, dont ils envient le sort". La traite est doncune entreprise qui dispense le bonheur et le négrier estun homme de bien.
Dans ces conditions, écrit en 1764 le théologienBellon de Saint Quentin, qui se fait là le porte-paroledu plus grand nombre, "le plus grand malheur qu'on puissefaire à ces pauvres Africains serait la cessation de cetrafic". Quel meilleur bienfait qu'une vie libéréede l'arbitraire? une existence civilisée? une âmesauvée par le baptême?
Le trafic négrier est une ½uvre utile qui comble non seulement les négociants, les armateurs et les colons, mais aussi les Noirs, placés "dans une douce dépendance [où] il ne tient qu'à eux de trouver le bonheur" écrivait à la Révolution un auteur qui préféra, on ne sait pourquoi, garder l'anonymat.

Alors que la traite française s'organise àla fin du XVIIe siècle, il existe déjàdes contestataires du système négrier mais ce sontdes esprits marginaux dont l'influence est nulle et l'action condamnée.Ainsi, l'ordre religieux des Capucins estimait qu'unefois baptisés, les Noirs ne devaient plus demeureresclaves : deux prêtres, l'un Français, l'autre Espagnol,Épiphane de Moirans et Francisco Joséde Jaca, furent jugés par un tribunal ecclésiastiqueespagnol en 1681, et incarcérés, aprèsavoir dénoncé l'esclavage et promis la damnationaux maîtres qui n'affranchiraient pas leurs esclaves. Acette époque, la position de l'Eglise (expriméepar Bossuet) en faveur de l'esclavage tient le haut dupavé et l'heure n'est pas venue de la critiquer.
C'est au siècle des Lumières qu'on sepose la question de savoir s'il est juste ou non d'avoir des coloniesou s'il est admissible de pratiquer la traite et l'esclavage pourles développer. Cette mise en question ne s'effectue passans difficultés ni ambiguïtés. Le mouvementabolitionniste français se dessine lentement et, mêmeà son apogée, il n'aura jamais la force ni l'audacedu mouvement britannique emmené par des hommes de la trempedu révérend Thomas Clarckson, auteur en 1789d'un Essai sur les désavantages politiques de la traitedes Nègres, considéré comme une"bible" du genre, ou de William Wilberforce,député des Communes, et leader incontestédu combat abolitionniste au début du XIXe siècle.Outre qu'il se heurte à de puissants intérêts,l'abolitionnisme en France se circonscrit au milieudes intellectuels et ne remue guère une opinion publiquelargement indifférente au sort des nègres. Aussianti-esclavagistes fussent-ils, les philosophes eux-mêmescomme Montesquieu et Voltaire, se gardèrentbien de tenir des propos définitifs et préférèrentl'ironie à une dénonciation catégorique.
Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle,la contestation prend une autre tournure et l'Encyclopédiemontre la voie. Plusieurs de ses articles sont des condamnationssans appel de l'idéologie colonialiste. Dans l'article"Population", Damilaville expose longuement lesméfaits de la colonisation, tandis que le chevalierde Jaucourt à l'article "Traite des Nègres"affirme que celle-ci "est un négoce qui viole la religion,la morale, les lois naturelles, et tous les droits de la naturehumaine". Son ami Diderot prend aussi fermement positionen participant à l'Histoire philosophiqueet politique... dans les deux Indes de l'abbéRaynal. Cet ouvrage publié clandestinement en 1770marqua les esprits et déchaîna sur lui la censureet les condamnations : pouvait-on laisser dire que la traite est"le plus atroce de tous les commerces" et qu'il estregrettable que "la plupart des nations s'en soient souillées"?
Cependant, à l'exception du pasteur calviniste Benjamin-SigismondFrossard qui publie La cause des esclaves nègreset des habitants de la Guinée... en 1789,les auteurs n'écrivent pas de traités précisémentconsacrés au sujet ou vont rarement jusqu'au bout de leursconvictions. Ainsi, la Société des Amis des Noirsnée en 1788 autour de Condorcet, Buffon,Clavière, Mirabeau ou Brissot se prononceà la fois pour la suppression de la traite et le maintienprovisoire de l'esclavage : c'est un abolitionnisme mitigéqui domine jusqu'à la Révolution - et qui persistera.On affirme que la traite est le "plus grand crime public"- selon l'expression du fils d'un "marchand de nègres"bordelais à la retraite - mais on doute de la capacitédes Noirs à supporter une liberté qui leur viendraitsans préavis, entière et immédiate. L'abolitionprogressive de l'esclavage paraît la solution la plus censéeà l'époque où l'on proclame la Déclarationdes droits de l'homme et du citoyen. Les hommes naissent libreset égaux en droits, mais à condition d'êtreblancs. Dans les premiers temps de la Révolution, le granddébat sur le problème de l'esclavage et de la traiten'a pas lieu et les armateurs négriers poursuivent leurtâche jusqu'en 1793 : les députés qui défendentà l'Assemblée les intérêts coloniauxsont plus représentés et mieux organisésque ceux qui défendent les droits de l'homme noir.Finalement, la guerre avec l'Angleterre et le feu à Saint-Domingue- qui condamnent les négriers à l'inactivitéforcée - vont peser au moins autant dans la décisiond'abolir l'esclavage en 1794 que les préoccupationsphilosophiques.
Les abolitionnistes n'eurent gain de cause que pourun temps très bref. Dès le Consulat, le lobbycolonial et esclavagiste, qui n'avait jamais désespéré,refait surface et obtient, d'un Bonaparte assez peu concernépar la question, l'annulation des acquis de la Révolution.Pour rétablir ces acquis, la Restauration aura àaffronter un dernier baroud d'honneur des armateurs négriers,définitivement vaincus en 1848. Définitivement?
 


La chronologie de l'abolition chevauche deux siècleset s'étale sur plus de cinquante ans, de la Révolutionfrançaise à la Seconde République. A elleseule, cette longue durée atteste des résistancesqu'il a fallu vaincre pour éradiquer des phénomènesaussi profondément ancrés dans les mentalités.
C'est donc tardivement - la Révolution est entréedans sa sixième année - que la Convention nationaleabolit le 16 pluviôse an II (4 février 1794)l'esclavage des Nègres dans toutes les colonies et accordela citoyenneté française à tous les hommessans distinction de couleur. L'abolition, qui fut longuementpréparée puis votée à l'unanimité,est un des actes essentiels à mettre à l'actif dela Révolution. Mais, outre qu'il ne dit mot de la traite,le décret ne put être véritablement appliqué: on n'en tint pas compte à Bourbon ni à l'Îlede France et la guerre maritime ranimée avec l'Angleterrel'année précédente avait coupé lamétropole de ses possessions en Guyane et aux Antilles.
Cette première abolition ne correspondait pasau vu du négoce français et dès que l'occasionse présenta de l'annuler, on ne la manqua pas. Bonaparteétant Premier Consul, la paix fut conclue à Amiensle 26 mars 1802 avec l'Angleterre. Les colonies de nouveau accessibles,il fallait renouer sans tarder avec des habitudes qui avaientfait leurs preuves. Au mois d'avril suivant, Bonaparte reçutà Paris une délégation de députésde Nantes, Bordeaux et Marseille à qui il promit implicitementle retour du commerce négrier. La promesse fut tenue :la loi du 30 floréal an X (20 mai 1802) rétablissaitla traite et l'esclavage conformément aux dispositionsantérieures à 1789. Un an plus tard, la rupturede la paix priva de sortie les navires négriers jusqu'auretour des Bourbons en 1814.
Louis XVIII n'eut pas le temps de légiférersur la traite comme l'Angleterre, qui l'avait abolie en 1807,le lui demandait. Napoléon, revenu pour cent jours,prit les devants et décréta la fin de la traitele 29 mars 1815 - dans un geste politique à l'égarddes Anglais plus que par humanité vis-à-vis desNoirs. La seconde Restauration ignora cette loi de "l'usurpateur",mais pas l'Angleterre qui fit pression sur le roi pour que leprocessus d'abolition de la traite fût accéléré.L'accélération fut progressive et ne dura pas moinsde seize années : Louis XVIII s'engagea bien le 30 juillet1815 à interdire immédiatement la traite, mais ilfallut une ordonnance et trois lois entre 1817 et 1831 pour mettreun terme à l'activité négrière françaisecommencée presque deux siècles plus tôt. L'interdictionde la traite ne pouvait être complètement respectéetant que l'esclavage persistait. L'Angleterre montrala voie en l'abolissant en 1833, mais la Francetraîna encore des pieds pour la suivre. C'est VictorSchlcher, sous-secrétaire d'Etat aux Colonies de laSeconde République naissante, qui obtint le 27 avril1848la signature du décret d'abolition de l'esclavage dansles colonies françaises.
La traite et l'esclavage avaient officiellement disparu, mais pas le besoin d'une main-d'½uvre abondante et bon marché, aussi la France recourut-elle à d'autres sources et à d'autres méthodes.
 

L'historiographie récente désigne ainsila traite négrière pratiquée en contraventionavec la loi, sous la Restauration et la monarchie deJuillet.
Le 8 janvier 1817, le gouvernement français promulguaune ordonnance menaçant de confiscation tout navire tentantd'introduire des Noirs dans une colonie française. Cettepremière mesure coercitive ne devait pas inquiéterles armateurs négriers qui préféraient yvoir une manière de calmer l'impatience britannique : rienne les empêchait d'embarquer des marchandises de traiteen France ni des captifs en Afrique... Le 15 avril 1818 l'ordonnancedevint la première loi abolitionniste françaisesans que la détermination des intéressésen fût le moins du monde diminuée. Plutôt qued'apprécier les motifs humanitaires qui présidaientà cette lutte anti-négrière, les armateurspréféraient s'insurger contre les Anglais accusésde vouloir saboter l'économie nationale. Continuer latraite, c'était faire acte de patriotisme. C'étaitaussi gagner de l'argent, comme les belles années d'avantla Révolution en avaient laissé le souvenir.
Toujours est-il que la traite était désormaisillégale et non pas clandestine comme on la qualifialongtemps, et pudiquement, à tort. La traite se préparaiten dépit de la loi mais non en cachette des autoritésqui fermaient les yeux. C'est ainsi qu'à Nantes,on pouvait se procurer des fers à nègres en ventepublique ou qu'on armait des navires négriers au nez età la barbe du commissaire maritime censé les interdire.Nantes tenait à son rang : en 1824-1825, elle expédiaautant de navires négriers qu'au cours de ses meilleuresannées du XVIIIe siècle et, pour l'ensemblede la période illégale, 305 navires, soit 42,5%des 717 navires français répertoriés parl'historien Serge Daget. Ce dernier chiffre, qui équivautà 17% de la traite française toutes époquesconfondues, montre la difficulté à vaincre des habitudesaussi solidement établies.
Pour venir à bout des récalcitrants, ilfallut déployer un arsenal législatif et militairesans précédent. Deux nouvelles lois, votéesen 1827 et 1831, sanctionnaient très lourdementles armateurs et les marins qui y regardèrent désormaisà deux fois avant de récidiver. De son côté,la Marine royale fut mise à contribution à partirde 1820 : des bâtiments de guerre modernes furent envoyésaux côtes occidentales de l'Afrique avec pour mission d'arraisonnerles navires marchands susceptibles d'être aussi négriers.Les débuts furent timides : les croisières de répression,opportunément frappées de cécité,n'arrêtaient personne. Mais elles finirent par déployerune belle efficacité et se constituer un aussi beau palmarèsque celui de la Royal Navy. Il faut dire que depuis 1825, lesmarins français avaient avantage à faire des prisesnégrières puisqu'ils touchaient une prime de centfrancs par Noir "recapturé" et se partageaientle produit de la liquidation du navire négrier saisi.
La Seconde République décida de les supprimerpeu de temps après l'abolition de l'esclavage. La traiteillégale avait vécu, après avoir mobilisécontre elle des moyens et une volonté longtemps retardéspar l'inertie et la complaisance des instances politiques localeset nationales.
 

Au XIXe siècle, les Français désignaientde cette manière les voyages qui relièrent l'Indeaux colonies françaises de l'océan Indien et del'Atlantique pour les approvisionner en travailleurs libres oucoolies. [La terminologie anglaise indique que les Britanniquesfurent les premiers à pratiquer une activité qu'ilsn'hésitaient pas à condamner quand elle étaitfrançaise : jusqu'au lendemain de la Première Guerremondiale, ils transportèrent de un à deux millionsd'Indiens dans leurs propres colonies.] De 1849 à 1889,les navires français introduisirent officiellement àLa Réunion, à la Martinique et à la Guadeloupe,cent trente mille Indiens - auxquels il faut ajouter ceux de l'émigrationclandestine et les travailleurs noirs qui furent engagéssur la côte occidentale de l'Afrique. Emigration volontaireou traite déguisée ?
La répression de la traite illégale eut comme conséquence de réduire le nombre des esclaves aux colonies alors que les planteurs en avaient grand besoin pour cultiver une canne à sucre dont la production était en plein essor. Prévoyant la disparition à moyen terme de la main-d'½uvre servile, les grands propriétaires de l'île Bourbon firent appel dès 1827 à des travailleurs libres qui leur arrivèrent l'année suivante du comptoir français de Yanaon. C'était le début d'une émigration planifiée qui durerait soixante ans.
En Inde, les agents recruteurs faisaient miroiter àses habitants miséreux les conditions d'une vie meilleuredans les colonies françaises. Les planteurs qui les engageaientpour trois ans, promettaient de leur payer le voyage du retour,un salaire mensuel et tout ce dont ils auraient besoin dans leurnouveau cadre de travail. Mais les coolies déchantèrentrapidement : les conditions du transport maritime étaientmauvaises et celles que leur réservaient sur place lesplanteurs étaient pires. En 1839, l'émigrationfut interdite. On l'autorisa à nouveau en 1849 sousréserve d'améliorations sensibles : engagéspour cinq ans maximum, les coolies, âgés d'au moins21 ans et en bonne santé, devaient disposer à borddes navires d'une alimentation et d'une place suffisantes. Enfin,c'est en 1852 que l'émigration indienne vers les coloniesd'Amérique fut permise et encouragée : troisans plus tard, l'Etat accorda à la Compagnie GénéraleMaritime des frères Péreire le monopole du transportet lui alloua une prime d'encouragement de 355 francs par émigrantdébarqué.
Le trafic des coolies fut un commerce lucratif qu'ondoit pourtant différencier du trafic négrier. LesIndiens étaient mieux traités que les Noirs et letaux de mortalité moyen des coolies ships reliant l'Indeà l'Amérique fut de 2,7%, selon l'historien JacquesWeber. En revanche, la condition du coolie dans les colonies rappelait celle de l'esclave et la mortalité y atteignait des taux records de 30 à 50%. Cela motiva, dans les années 1880, la décision de cesser l'émigration indienne vers les colonies françaises
 


Pendant deux siècles, la France fut doncle point de départ d'environ 4'220 expéditions négrièreset 80% d'entre elles eurent lieu au XVIIIe siècle.Sur le plan national, Nantes occupe la premièreplace des ports négriers, et sur le plan international,la France, le troisième rang des nations négrièresderrière la Grande-Bretagne et le Portugal.Compte tenu des lacunes de la documentation et de l'évolutiondes conditions du commerce négrier, il n'est pas possiblede fournir des données chiffrées qui soient autrechose que des ordres de grandeur. Telles quelles cependant, ellesdonnent une idée saisissante de l'ampleur du phénomènenégrier.
A partir d'un nombre d'expéditions qu'on estime trèsproche de la réalité, à quelles extrapolationspeut-on aboutir du point de vue humain et matériel ? Considérantque chaque expédition a traité 300 captifs en moyenne,on calcule que la totalité des 4'220 expéditionsen a traité 1'266'000 dont les deux cinquièmessont "d'origine" nantaise. S'il est avéréque, pour un captif embarqué vivant, cinq Africains trouvaientla mort lors des opérations de razzias sur le continent,il faudrait ajouter six autres millions d'individus victimes indirectesde la traite française. Considérant qu'il fallaiten moyenne un marin pour dix captifs, on en déduit que126'600 noms ont été portés sur les rôlesd'équipage - étant donné que nombre d'entreeux ont effectué chacun plusieurs expéditions, combiencela fait-il de marins différents ? plus de cent mille? Et ce sont des dizaines d'autres milliers de noms qu'il faudraitrecenser pour cerner l'importance de la population françaiseconcernée par la traite : armateurs, négociants,financiers, constructeurs, raffineurs, fabricants, détaillants...Au total, des centaines de milliers de Françaisont participé de façon directe et indirecte àla traite.
L'estimation du tonnage global est délicate puisqueles méthodes pour calculer le volume des navires ont changéau cours de la période négrière. Quoi qu'ilen soit, avec le rapport de un marin pour cinq à six tonneauxde jauge, on retient que les océans ont supportéau moins 500'000 tonneaux à vocation négrière.L'estimation du capital négrier investi est encore plusaléatoire. Si l'on s'en tient à une fourchette compriseentre 700 et 1'000 livres par tonneau, on aboutit à untotal variant de 350 millions à 500 millions de livres.Dans tous les cas, des sommes colossales.
Des sommes qui ont enrichi et élevé socialementceux qui les ont maniées et permis la croissance économiquedes ports où elles ont circulé. Mais, à longterme, écrit l'historien Pétré-Grenouilleauà propos du cas nantais, "l'argent gagné apparaîtfinalement beaucoup moins important que la manière dontil a été utilisé". Au XIXe siècle,les armateurs négriers, plutôt que de favoriser ledéveloppement de leur ville en créant un nouveaudynamisme économique, ont persévérédans un modèle d'Ancien Régime qui avait fait sontemps.
Ce bilan montre que les ports français se sont longtempset consciencieusement livrés à l'activiténégrière. A l'époque de la traite, les négriers ½uvraient pour leur bien propre et celui de la nation tout entière, pensaient-ils. Du bien fondé sur un crime. S'en souvient-on aujourd'hui ?
 


La réponse diffère selon que l'on considèrela mémoire sous l'angle de la conservation ou du rappeldes faits passés.
En effet, si la mémoire négrièreest plutôt bien conservée, c'est-à-dire, ficelée,mise en boîtes et rangée sur des kilomètresde rayonnages, elle est plus difficilement rappelée.
Au cours d'une carrière bien remplie, la traite a produitbeaucoup de papier grâce à quoi les dépôtspublics d'archives en France regorgent de documents essentiels: registres matricules des bâtiments et des gens de mer,comptes d'armement et contrats d'assurances, livres de bord etjournaux de traite, listes de marchandises et de victuailles,états des cargaisons de retour, correspondances en tousgenres, etc. Si à Nantes, les Archives départementalesde Loire-Atlantique sont sûrement les mieux loties,d'autres lieux dans les grandes villes portuaires abritent defort belles choses. En dépit de pertes inéluctablesdues aux incendies ou simplement à l'usure du temps, lamasse documentaire à la disposition du chercheur impressionne.L'historien de la traite bénéficie aussi de l'apportdes papiers d'origine privée - mais combien de descendantsd'armateurs ou de capitaines négriers se font encore tirerla manche pour livrer ce qui trahirait l'activité "inavouable"de leurs ancêtres ?
Le sentiment de honte et de culpabilité est le nuddu problème en ce qui concerne le second volet de la mémoirenégrière. Il ne suffit pas de tout connaîtresur la traite, encore faut-il le faire savoir. Le sujet a longtempseu du mal à susciter les vocations quand plus d'un auteurn'accordait à la traite qu'une place secondaire. Dans cecontexte d'occultation de vieux, mais encombrants, souvenirs,vaincre les réticences familiales comme les résistancesmunicipales relevait du défi.
En 1985, la municipalité nantaise continuaitde regarder son passé négrier de travers en refusantde soutenir le Colloque international sur la traite des Noirsorganisé par Serge Daget à l'occasion dutricentenaire du Code Noir. En 1992, la municipalitésuivante prenait le pari d'afficher ce même passédans une exposition intitulée Les Anneaux de la Mémoire.Pari risqué dans la mesure où il n'est pas simplepour la ville-bourreau de parler au nom du continent-victime enarguant du prétexte d'une histoire commune : "entrele fusilleur et le fusillé l'instant est commun",peut justement ironiser le philosophe Louis Sala-Molins.Il n'empêche. L'exposition a permis de rappeler la participationde l'Europe en général et de Nantes en particulierà une abomination que beaucoup préféreraitvoir mise aux oubliettes de l'histoire plutôt qu'élevéeau rang de crime contre l'humain. Combien de temps lira-t-on encoreque l'importance de la traite dans l'économie nantaiseest un mythe ou que la traite bordelaise est lilliputienne faceau Léviathan britannique ?
Quel besoin de savoir si ces deux assertions sont exactes,quand, pendant 150 ans, un million de captifs, au bas mot,ont nourri la cupidité des ports de Nantes et de Bordeaux,de La Rochelle et du Havre ?


Deux siècles après la disparition de la traitenégrière comme institution légale et encouragée,l'opulence n'a pas changé de camp, et la distance entreles mondes africain et européen s'accroît: le premier, étranglé par une dette colossaleà l'étranger, va mal, tandis que le second,même en crise, poursuit un développement qu'aucunedette à l'Afrique ne freine. Or, serait-il incongru d'évoquerla pertinence de cette dette, quand on sait que le processus négrieret esclavagiste a largement favorisé la croissance de l'Europeoccidentale, des Etats-Unis, de Cuba, oudu Brésil au détriment de l'essor africain? Cette dette, qui prendrait la forme d'une indemnisationde dizaines de milliards de dollars, réparerait les dommagescausés par les négriers blancs au continent noiret paierait les intérêts du travail fourni gratuitementpar les esclaves à leurs maîtres pendant des siècles.
Mais peut-on vraiment évaluer le préjudice,et dire qui doit payer et à qui ? A combien estimerles pertes humaines et comment mesurer les effets à longterme sur la démographie et l'économie africaines? Il est difficile de déterminer la ponction négrièreet parmi les nombreuses estimations divergentes retenons pourla traite atlantique 9,5 millions de captifs importés,pour la traite transaharienne 7,2 millions, et pour latraite orientale 2,3 millions. Mais derrière cesrésultats trop nets et que d'aucuns considèrentcomme très au-dessous de la réalité, se cachel'hécatombe des indigènes morts lors des opérationsde production ou de transport des captifs. Par quel nombre multiplierles dizaines de millions de victimes ? Du fait de cette interrogationet de notre ignorance de la démographie africaine d'alors,on peut encore moins facilement calculer le déficit desnaissances subi par l'Afrique - estimé par l'historiennigérian Joseph Inikori à cent millions dèsla fin du XIXe siècle.
Il peut paraître vain et dérisoire de se livrerà ces calculs d'apothicaire : la mort et la déportation portées à une telle dimension statistique rendront-elles jamais compte des souffrances endurées par les Noirs réduits en esclavage ?
 


BOUDRIOT (J.),
Traite et navire négrier : l'Aurore, 1784,
Paris, éd. Ancre, 1984.
BÉNOT (Yves),
La révolution française et la fin des colonies,
Paris, La Découverte, 1988, 273 p.
La démence coloniale sous Napoléon,
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SAUGERA (Éric),
Bordeaux, port négrier, XVIIe-XIXe siècles - Chronologie, Économie, Idéologie,
Paris et Biarritz, Karthala et Atlantica, 1995, 382 p.
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Essais d'histoire africaine. De la traite des Noirs au néocolonialisme,
Paris, éditions Sociales 1980, 269 p.
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Le commerce colonial de la France à la fin de l'Ancien Régime - L'évolution du régime de « l'Exclusif » de 1763 à 1789,
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VILLIERS (Patrick),
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Soc. dunkerquoise d'Histoire et d'Archéologie, 1991, 2 vol.
WEBER (Jacques),
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#Posté le lundi 18 mai 2009 05:40

lil wayne

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[Intro: Lil Wayne]
I need a Winn-Dixie
Grocery bag full of money
Right now to the VIP section (wosh, wosh, wosh)
You got Young Mula
In the house tonight baby
Yeah!!
Yeah!
Young!
Young! (wosh)
Young! (wosh)
Young! (wosh)
Young Mula Baby!

[Chorus: T-Pain + Lil Wayne]
Got money (yeah)
And you know it
Take it out your pocket and show it (then)
Throw it (fly)
This a way (fly)
Thata way (fly)
This a way (fly)
Thata way
Gettin' mug
From everybody who see that
Hang over the wall of the VIP
Like (fly)
This a way (fly)
Thata way (fly)
This a way (fly)
Thata way

[Verse 1: Lil Wayne]
Now I was bouncing through the club
She loved the way I did it but
I see her boyfriend hatin' like a city cop
Now I ain't never been a chicken but my fitty cocked
Say I ain't never been a chicken but my semi cocked
Now where your bar at?
I'm tryna rent it out
And we so bout it bout it
Now what are you about?
DJ show me love
He say my name when the music stop
Young Money Lil Wayne
Then the music drop
I make it snow
I make it flurry
I make it out alright tomorrow don't worry
Yeah
Young Wayne on them hoes
A.K.A. Mr. Make It Rain On Them Hoes (Young Money)

[Chorus: T-Pain + Lil Wayne]
Got money (yeah)
And you know it
Take it out your pocket and show it (then)
Throw it (fly)
This a way (fly)
Thata way (fly)
This a way (fly)
Thata way
Gettin' mug
From everybody who see that
Hang over the wall of the VIP
Like (fly)
This a way (fly)
Thata way (fly)
This a way (fly)
Thata way

[Verse 2: Lil Wayne]
(Streets)
Here we go one for the money
Two for the show
Now clap your hands if you got a bank roll
Like some clap on lights in this bitch
I be clapping all night
In this bitch (uhh hun)
Lights off (uhh hun)
Man it's on (uhh hun)
She saw me (uhh hun)
She smiling (yeah)
He muggin'
who cares, cause my goons are right here
Aye
Its nothin to a big dog
And I'm a Great Dane
I wear eight chains
I mean so much ice
They yell skate Wayne!
She wanna f**k Weezy
But she wanna rape wayne (uhh hun)

[Chorus: T-Pain + Lil Wayne]
Got money (yeah)
And you know it
Take it out your pocket and show it (then)
Throw it (fly)
This a way (fly)
Thata way (fly)
This a way (fly)
Thata way
Gettin' mug
From everybody who see that
Hang over the wall of the VIP
Like..

[Verse 3: Lil Wayne]
Okay,
It's Young Wayne on them hoes
A.K.A. Mr. Make It Rain On Them Hoes
Like ehhhh!
Everybody say Mr. Rain man
Can we have a rainy day?
Bring a umbrella
Please bring a umbrella
Ella, ella, ella ehhh!
Bitch ain't shit but a hoe in a trick
Bet you no one ain't trick if you got it
You know we ain't f**king if you not thick
And I cool your ass down if you think you're hot shit
So rolex watch this
I do it 4 5 6 my click
Clack goes the black hoe pimp
And just like it I blow that shit
Cause bitch I'm the bomb like
Tick tick
Yeah!!

[Chorus: T-Pain + Lil Wayne]
Got money (yeah)
And you know it
Take it out your pocket and show it (then)
Throw it (fly)
This a way (fly)
Thata way (fly)
This a way (fly)
Thata way
Gettin' mug
From everybody who see that
Hang over the wall of the VIP
Like (fly)
This a way (fly)
Thata way (fly)
This a way (fly)
Thata way

[Outro: Lil Wayne]
Yeah
It's Young Wayne on them hoes
A.K.A. Mr. Make It Rain On Them Hoes
Yeah
Young Wayne on them hoes
Make a stripper fall in love
T-Pain on them hoes
aha!


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#Posté le mercredi 13 mai 2009 12:05

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